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Le dernier opus de Daniel Schmid (auteur des mythiques Violenta et La Paloma dans les années 70) a pour sous-titre « Les derniers jours de la Suisse », ce qui place d’emblée Bérézina du côté de la farce prospective, de la parabole délirante. Surtout lorsque l’on constate que l’instigatrice de cette petite apocalypse helvète -effective dans les derniers instants du film- n’est autre qu’une call-girl. D’origine russe, Irina (Elena Panova) a pour clients quelques-uns des hommes les plus influents de Zurich (avocats, hommes d’affaires, général retraité…). Naïve, la jeune femme a pour seul objectif d’obtenir la nationalité suisse, et ce au prix de recel d’informations ou… du mensonge.

Afin de mettre en évidence certains phénomènes, qu’il s’agisse de la mainmise du capitalisme sur l’Europe ou de la persistance de certains idéaux éminemment patriotiques, Schmid a sans cesse recours au grotesque, vers le plus pesant des pamphlets politiques. Cette solution de la surcharge permanente, le cinéaste la maîtrise mal. Ses personnages n’ont de vie que dans la représentation ridicule, la stupidité du fait et du geste, l’hyperbole critique. Du coup, ils perdent tout espoir évolutif : immuables dans leur statut, ils ne peuvent prétendre à la moindre nuance, ni même à une quelconque échappée humaine. Certes, ce traitement cherche à mettre en application certaines règles satiriques, sauf que la satire, ici, ne nous apprend rien et sombre très vite dans un excès qui tourne à vide, triste spectacle de l’évidence désolante. Dès lors, tout semble absorbé par cette logique un peu vaine : Géraldine Chaplin qui en fait des tonnes en styliste maquerelle, Irina entamant quelques chants nationaux et guerriers, la même en costume suisse traditionnel (rendu sexy pour l’occasion), une femme de ménage italienne aux conseils forcément judicieux, des clients plus véreux et arrivistes les uns que les autres… La liste est longue, et lorsque le film se met à disjoncter pour de bon, baignant enfin dans une outrance baroque (Irina est couronnée reine d’un pays désormais à la solde de terroristes grabataires), il est bien trop tard pour sauver les meubles de cette entreprise exaspérante.

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