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« Les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l’état d’Israèl et le sionisme international… » Voilà ce qu’ont pu lire les lecteurs du Monde en décembre 1978 et de Libération en janvier 1979. Ces propos signés par un négationniste notoire, Robert Faurisson, se passeraient de tout commentaire, si n’était l’étrange expansion de ces idées chez certains intellectuels de l’époque et, par extension, dans quelques cerveaux fragiles et facilement influençables. Comme son titre le sous-entend, le documentaire de Jacques Tarnero analyse scrupuleusement la naissance du négationnisme, son développement et ses actuelles répercussions.

Entièrement fondé sur l’habile montage de ses témoignages, le film ne joue jamais la carte de la sensiblerie ou du sensationnel, et se présente, au contraire, comme un exposé rigoureux et argumenté sur le processus de mise en doute du génocide perpétré par les nazis contre les juifs d’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Le réalisateur a su choisir des interlocuteurs -des intellectuels comme Alain Finkielkraut, le journaliste Christophe Bourseiller, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, le cinéaste Claude Lanzmann pour ne citer que les plus médiatiques- dont les propos sont souvent pertinents et parfois contrebalancés, histoire d’éviter tout dogmatisme. Plusieurs points importants sont ainsi abordés et structurent ce documentaire en quatre grandes parties. Où l’on apprend d’abord comment Mai 68, sa tendance à l’hypercritique et son incitation à l’ouverture d’esprit, a pu conduire à certaines dérives comme celle d’accorder de l’attention -et parfois, hélas !, du crédit- à des ouvrages négationnistes brillamment rédigés. Autopsie d’un mensonge revient aussi sur la position hypocrite de Jean-Marie Le Pen qui ne crie pas tout haut au mensonge et préfère induire le doute, d’où le terme de « dubitationisme » utilisé par le philosophe Pierre-André Taguieff.

Le négationnisme a ses chantres, de savants manieurs de concepts bidon comme Roger Garaudy qui remit au goût du jour la vieille théorie du complot juif. C’est sans vergogne qu’il a entamé une opération de séduction auprès des Palestiniens dont certains le considèrent, à tort, comme un défenseur de leur cause. Roublardise, manipulation, mensonges sont les armes utilisées par les révisionnistes pour séduire et convaincre leur potentiel public, pas toujours bien informé du fond de leur pensée. Présent en filigrane, le thème de la liberté d’expression ne cesse de hanter ce documentaire et finit par être abordé frontalement, en réaction à la prolifération des sites négationnistes sur le web. Entre défenseurs acharnés d’une liberté qui doit s’exercer à tout prix et partisans d’une modération par l’Etat, difficile de trancher. Mais le problème se fait de plus en plus pressant quand les données sur internet deviennent de moins en moins maîtrisables…

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