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Interro surprise ! Vous, les 3e années option scénario de la « Hollywood private school of Paris » (10 000 euros l’année), êtes priés de réaliser l’exercice suivant : voici le début d’un script, à vous de deviner la fin. L’histoire : le jeune Antwone Fisher sort d’une jeunesse vécue dans un climat familial violent. L’horreur culmine lorsqu’il assiste au meurtre de son paternel par sa propre mère. Engagé dans la marine il a un comportement violent et se voit intimer l’ordre de consulter un psychiatre. Autre affreuse séquelle mise à jour par le praticien : effrayé par les filles, sa vie affective est au point mort (puceau à 24 ans précisément). De son côté le bon docteur délaisse inconsciemment sa femme au profit de son boulot. Les contraintes auxquelles doivent répondre le document final : administrer une leçon de courage et de morale aux apprentis caillera encore récupérables (en pariant sur un mimétisme crétin), arracher quelques larmes apitoyées devant un destin accablant mais néanmoins d’une droiture admirable au final (pour peu que quelqu’un se donne la peine d’une caresse sur la nuque du bon sauvage) et condition indispensable, des pleurs suffisamment consensuels et émouvants pour se transformer en dollars (il vous est rappelé que le critère exclusif d’évaluation d’un scénario est le dollar et non l’euro, encore moins feu le franc).

Deux indices pour vous guider dans votre analyse. Le film tiré du script est la première réalisation de Denzel Washington, acteur spécialisé dans les scénarios écrit au rouleau à peinture qui savent appuyer là où ce n’est pas la peine, mettre en lumière l’évidence et souligner lorsque les traits sont déjà bien appuyés. On citera pour mémoire l’inénarrable John Q du malheureux Cassavetes (Nick, pas John, c’est fou la déperdition en une génération !) dans lequel il tente de se tuer pour faire don de son cœur à son enfant mourant afin de le sauver. Autre élément clé : l’histoire est tirée du livre Finding fish, l’autobiographie du vrai Antwone Fisher. Une oeuvre qui a ému aux larmes (critère incontournable des films d’auteur hollywoodiens) le cinéaste et ses acteurs lors de sa lecture. Attention au piège : que ceux qui ont lu Le Cri du sablier de Chloé Delaume, sorte de biographie d’une enfance traumatisée, ne se laissent pas influencer par la délicate dignité stylisée de ce récit. Encore 30 seconde pour rendre les copies. Bon, ceux qui ont répondu que le début était déjà trop crétin pour en tirer quelque chose n’ont aucune chance de s’en mettre plein les poches grâce à leurs gribouillages intellos. En revanche ceux qui ont deviné que Antwone allait vaincre ses démons, trouver le courage de conquérir son aimée et en plus aider le psy à renouer avec sa famille ont devant eux une belle carrière de scénariste vendu ou…de critique cynique. Précision non négligeable : la première rapporte beaucoup plus que la seconde.

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