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2
sur 5

Les raisons de se moquer de ce film australien, pourtant sans grandes prétentions, ne manquent pas. Que ce soit les maladresses d’une mise en scène qui sent le toc, son univers rock de pacotille (un improbable groupe joue son propre rôle), son histoire abracadabrante, Amy trimballe de grosses casseroles. L’argument principal fait en plus franchement ricaner : une jeune fille qui a vu son rocker de père mourir sur scène devient tout à coup sourde et muette jusqu’au jour où on s’aperçoit qu’elle peut entendre si on chante. Par un effet boule de neige parfaitement cohérent dans cette logique extraterrestre, elle peut donc réciproquement s’exprimer en chantant. S’ensuit un long moment surréaliste où toute une partie des dialogues est bêtement chantonnée. Tout ça pour arriver à l’inévitable catharsis finale, au cours de laquelle les facultés de la fillette réapparaissent et provoquent un grand élan d’amour fraternel dans le quartier défavorisé où elle vit. Entre-temps, la cinéaste nous abreuve de flash-back éminemment explicites retraçant la vie de la troupe en tournée, à grand renfort de scènes d’hystérie et de numéros sur le thème du papa-chanteur-amoureux qui sentent bon le carton-pâte mal fagoté. Oui mais voilà, Nadia Tass a eu la lucidité de dernière minute de ne pas prendre totalement son sujet au sérieux.

Le traitement bon enfant de l’intrigue et du sujet écarte intelligemment toute dérive vers des aspects attendrissants artificiels et donne même lieu à quelques moments surprenants, notamment lorsqu’une hôtesse d’accueil chante spontanément la direction des toilettes à la petite fille qui gémit en se tortillant. Quand l’histoire parvient ainsi à se décharger du fardeau sentimental lié à l’accident et au traumatisme causé, elle prend alors des allures gentiment espiègles. Les personnages atypiques qui peuplent la rue où habite Amy (une vieille femme qui passe son temps à nettoyer le trottoir devant chez elle ou deux jeunes mécaniciens pas très futés) agrémentent le récit de digressions divertissantes. Mais si le film ne sombre jamais dans le ridicule, il le doit véritablement à ses deux acteurs principaux, et en particulier à Ben Mendelsohn (nouveau prétendant de la mère), d’une sobriété exemplaire et capable de faire passer en douceur les pires fadaises. Finalement, Amy donne lieu à un divertissement pour enfants, pas très futé mais plutôt supportable dans son ensemble.