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Surfant sur la vague du mélodrame humaniste hollywoodien, A l’ombre de la haine est un nouvel aboutissement dans ce genre hypocrite, dont le principal trait -plaire à tout le monde, toutes idéologies confondues- s’accommode mal de la gravité des sujets qu’il écume inlassablement. La peine de mort, sujet-phare de ce courant (La Dernière marche, Le Droit de tuer ?), est encore à l’honneur ici. Principale nouveauté, le choix du point de vue : nous sommes ici dans la peau du bourreau, celui dont la possible rédemption n’avait été jusqu’ici que rarement posée à Hollywood.

A l’ombre de la haine répond avec délicatesse à ce sujet : le bourreau est bien un homme comme les autres, avec juste ce qu’il faut de carapace bourrue pour pouvoir mener à bien son travail. Si le sujet du film est « courageux » en apparence, il n’en est pas moins obscène et particulièrement dérangeant : il ne s’agit pas pour Forster de voir en quoi un exécuteur (Billy Bob Thornton, dans le rôle gerbatique de Hank) est aussi un homme, mais surtout d’en faire l’apologie et de lui offrir une rédemption. Le courage, à Hollywood, est rarement synonyme d’intelligence. La bêtise avec laquelle le film tente de faire croire à son intrigue est éprouvante : tout y est lissé, poli, pour ne surtout pas choquer le spectateur. Si le raciste Hank tombe amoureux de la femme noire du condamné qu’il vient d’exécuter, c’est bien parce que celle-ci ressemble plus à Naomi Campbell qu’à une mère de famille congolaise. De même, le condamné à mort du début, bien qu’héroïsé et idéalisé au maximum, reste un homme peu excusable : laissant sa femme sur la paille et un fils boulimique à l’état de freaks farrellien victime de désaffection radicale. Le père est donc exécuté (on s’en remet d’autant plus vite qu’il accepte sereinement son assassinat) et le fils mourra comme victime expiatoire : il serait de toute façon un fardeau pour la mère.

Epuré de ces poids morts pour l’intrigue, le film peut se laisser aller au pire : l’histoire d’amour entre Hank le bourreau texan et Laeticia, la douce négresse aux allures d’ange de Botticelli. Dire si peu de chose avec autant de zèle, c’est faire exactement l’inverse de ce que les frères Farrelly, avec L’Amour extra large, film si peu zélé et pourtant si touchant, ont fait de la monstruosité : non pas l’accepter (la monstruosité du bourreau, celle du condamné à mort), mais la maquiller et la faire plier sous les codes caricaturaux d’une certaine beauté hollywoodienne. En cela, on aimera toujours plus la beauté « monstrifiée » de la Gwyneth Paltrow du film des frères Farrelly que celle, au glamour faussement naturel, de la Halle Berry d’une telle daube fascisante et pompière.

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