4
sur 5

7 jours 7 nuits s’érige en contre-champs du slogan touristique des agences de voyage. L’écrivain cubain Joel Cano, intellectuel forcément anti-castriste, la joue libéré modeste pour son premier essai derrière la caméra. Une DV fraîche, des métaphores comme s’il en pleuvait et une structure éclatée dans les règles de l’Art, le film fait de la simplicité son arme première. C’est évidemment du world cinéma pur sucre, mais suffisamment honnête pour laisser une trace.

L’histoire donc, est multiple. Une présentatrice castriste pète les plombs en direct, pendant qu’une de ses vieilles connaissances perd un enfant qu’elle n’a jamais voulu élever. Alors qu’elle tente de retarder l’inévitable moment de broyer du noir, elle rencontre une jeune danseuse en galère qui papillonne fièrement autour d’un mauvais garçon, d’un travesti de cabaret et d’un jeune quidam croisé dans la rue. Ne pas oublier, tout se passe sur une semaine, de jour comme de nuit. Mais Joel Cano s’en foutrait presque. Tout et rien ne l’intéresse dans cette succession de petits théâtres en mouvement. L’aspect rapiécé de l’ensemble peut passer pour une grossière facilité, mais s’avère cependant un petit tour de force. Cano sait habilement jouer du rachitisme pour instaurer son tempo, tout en rupture et en négation, épousant le rythme nonchalant d’une discussion de tous les jours ou d’une ballade banale.

La mise en scène est à l’unisson du montage. De petits défis formels (les mouvements suave de la caméra lors des scènes chantées) en performances scéniques à durée limité (le baroque politique quand une femme dominatrice embrasse des éphèbes nus comme des vers), le film tente joyeusement, au lieu de se chercher laborieusement. Mais ce foutraque sympathique ne tourne jamais à vide. Cano n’oublie pas le cadre autoritaire et miséreux de son petit théâtre itinérant. A la manière de Zaman, l’homme des roseaux, petit témoignage irakien de la vie quotidienne sous Saddam Hussein sorti il y a peu, la fraîcheur et la naïveté de 7 Jours 7 nuits restitue avec nuance le ressenti du Castrisme pour les cubains : quelques flics croisés ça et là, quelques vannes désespérées pendant le carnaval populaire de La Havane, des railleries sur les vieilles ficelles de la propagande au cours d’une discussion de bistrot. Rien que pour ça, on en sait grès au cinéaste de filmer la misère en surface, plutôt qu’en sauce épaisse de thriller politique où les habitants sursautent à tous les coins de rues.

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