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sur 5

Remake d’un film de William Castle des années 60, 13 fantômes compile en 1h30 tout ce que le cinéma fantastique post-Scream a de pire à proposer : personnages fadasses et inexistants, photocopie pré-pubère des fondations du genre (une maison, des fantômes), esthétique lisse et toc comme un épisode de X-files. Ce qui a le mérite de dérouter, ici, tient dans l’exhibition décompléxée de ce que l’on peut appeler une véritable mécanique du recyclage.

Beaucoup plus extravagante que la demeure du film original, la maison de 13 fantômes version 2002 perd toute aura de mystère. Il s’agit littéralement d’une machine à produire du fantôme en chaîne, une sorte de gigantesque horloge dont les rouages et la mécanique boursouflée deviennent non plus des artifices d’illusion mais une immense bête de foire n’ayant de valeur que pour elle-même. Les personnages mettent des lunettes pour voir les fantômes. L’architecture complexe de la maison révèle peu à peu ses secrets à coups d’explications ésotériques fumeuses et dégénérées. Dans sa frénésie de couper court à l’inexpliqué au profit de théorèmes et de formules mathématico-religieuses sans fin, le film déconstruit la notion même de fantastique. L’étrangeté, le non-dit, le jeu sur l’entre-deux sont ravalés au rang de faire-valoir. Ce qui compte ici, c’est au contraire l’explication, la révélation progressive d’une logique triviale -une machination spiritiste-, l’effacement du doute et l’ascèse radicale d’un propos stérile et vain. La nullité de 13 fantômes provient moins de la fadeur de ses monstres en toc (une caractéristique courante de ce genre de sous-produit souvent sympathique) que de l’obscénité avec laquelle Steve Beck renverse comme un gant l’idée même de série B.

Affubler un scénario anorexique d’un vague déguisement post-moderne, le rendre comestible par la seule clarté de sa mise en scène (des vitres, des miroirs, un labyrinthe déformant digne d’un tour de train fantôme), voilà qui dénude jusqu’à le court-circuiter le fil ténu séparant bon petit film sans moyens (l’original, plein de gadgets forains et de tours de force visant à cacher la misère du projet) et grosse arnaque opportuniste et bâtarde. Tout ce qui fit jadis la force des séries B, voire Z, fantastiques d’autrefois -cette volonté farouche de faire spectacle envers et contre tout- est ici détourné au profit d’un ludique snob et consternant. L’héritage de Scream, la psycho-potachisation du genre fantastique, c’est aussi cela : moins la variante cynique et malsaine du méta-slasher qui inonde les écrans (films comiques ou crétinement référencés à la manière d’un jeu de l’oie mongolo) que ces sous-daubes faisant mine de prendre le fantastique au sérieux, tout en étalant une vacuité de sens et de forme parfaitement consternante. 13 fantômes est la phase terminale d’un genre : le post-post-modernisme qui ne ricane même plus, une grande mécanique du vide et de la bêtise formatée Buffy.