Cinéma, Musique, Jeux vidéo, Livres, BD... discutez de l'actu sur les Forums Chro tout de suite maintenant. A vous.
A Serious man | Gainsbourg, vie héroïque | Shutter island | La Rafle | I love you Philip Morris | Mother | Où sont passés les Morgan ? | Fantastic Mr. Fox | Sherlock Holmes | A Single man
© Les Éditions Réticulaires, 1997-2007
Tous droits réservés
Sommaire | Abonnement | Anciens numéros

Une couverture, ça se grille. Il suffit de décrypter le titre, comme on démonte un meuble scandinave en se servant d'une encyclopédie libre qui dit oui.
Casse-tête. La plupart des gens l'ignorent, mais il existe une véritable géographie anatomique de la casse, laquelle est d'ailleurs
fondée sur une construction toponymique binaire dont la simplicité énonciative
est proprement renversante. Raison pour laquelle on partira du sol.
Il y a donc le casse-pieds, pour commencer. C'est un type qui emmerde les vieux acariâtres. On le sait depuis que Peter Falk a lu Heidegger, puisqu'il faut avoir plus de 65 ans et pas mal de haine rentrée pour prononcer un mot pareil sans se ramasser immédiatement une sciatique nerveuse doublée d'une grossesse goitreuse. Les pieds sont le chibre du grand âge, ma bonne dâme, vous devriez le sâvoir. Conservatisme oblige, l'offensé peut aussi prendre la forme molle d'un jeune protestant aux lèvres roses sous la mèche Cristal soleil, car les pieds - foutredieu ! - sont un fétiche préférable à ce qui suit, j'ai nommé l'appareil reproductif masculin (trois Notre Père, fissa). La verge et les bourses, en somme (et le Credo en latin). Diable !
Voici donc le casse-couilles et ses dérivés, fâcheux nuisibles spécialisés dans les quadras jeunistes qui portent le jean moulant taille haute, le portable à la ceinture et parfois même un couteau suisse (on ne sait jamais), une mini-lampe de poche (on ne sait jamais) et un deuxième portable (on ne sait jamais), voire un bandana dans la poche à motifs, indiquant involontairement au biker américain de passage que le type qui dégaine les deux portables (on ne sait jamais) en même temps pour répondre à sa mère et à son pote au bouc du club de sport est un passif urophile qui cherche à se faire promptement fister par une étudiante japonaise en troisième année de pharmacie - désolé, on aurait eu plus de détails s'il l'avait noué correctement, son foulard. Notez que le juron s'échappe aussi parfois d'un mètre-cube de graisse mauvaise dont seul l'état civil peut témoigner de la féminité à la naissance.
On continue de remonter le corps physique de la casse pour atteindre le cou, en mongolfière, à la faveur d'une référence hermétique, sinon subliminale, qui se veut une carotte dans la banquise de l'incurie. Le casse-cou, contrairement aux précédents briseurs, ne nuit éventuellement qu'à lui-même. Car bizarrement, on casse volontiers les pieds, les couilles, la figure et tant d'autres parties d'autrui, mais pour le cou, on se contente du sien propre (qui peut être sale, du reste, mais c'est mal). Et en fait, on évite - c'est le concept. Après, il y a le casse-pipe, mais ce n'est pas un être humain, plutôt une grosse capuche noire trimbalant une faux, et puis certain(e)s le placent plus bas, entre les deux portables (sans les bretelles). Allez savoir. Quelques centimètres plus haut, on trouve aussi le casse-nez, qui protège habituellement du rhume les quiches qui zézaient.
Enfin, il y a le casse-tête. Là, comme on approche du cerveau, on entre dans l'immatériel. Ce n'est plus un individu, puisque le type qui vous casse la tête a déjà un nom, Connard ou Veinard, de la même manière qu'on a beau être des millions de bras cassés, le coupable court toujours (bien qu'un Allemand à moustache soutienne qu'il est mort – Casse-bras ist tot). On sait peu de choses du casse-tête, à vrai dire, sinon qu'il est chinois en France et fragmenté dans le Commonwealth, chiffré dans le métro japonais, toujours en construction à Hanoï, en sept morceaux de tant de grammes sur le web, pluvieux en arcade et cubique sur la couverture du nouveau Chronic'art en kiosque. Soit dit en passant, c'est trop d'honneur pour mon clavier.
On sait donc peu de choses de Pynchon. Il perturbe les vieux cons, les néocons, les beaufs et les mégères, il n'a peur de rien, même pas du rhume, et il est bien vivant, Bernardo - son dernier livre le prouve. Surtout, on sait qu'il nous maltraite les neurones et qu'on adore ça, parce qu'on a quand même du mal à le faire tout seul. Moi, par exemple, là, je ne me suis pas cassé la tête. Et c'est pire dans l'aveu. Les initiés, qui se reconnaîtront (entre trois), auront très secrètement goûté l'hommage.
Lire les Wikéa des Chro :
#42 (02.08)
#43 (03.08)
#44 (04.08)
#45 (05.08)
#46 (06.08)
#47 (07-08.08)
#49 (10.08)
[Novembre 2008]