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Une couverture, ça se grille. Il suffit de décrypter le titre, comme on démonte un meuble scandinave en se servant d'une encyclopédie libre qui dit oui.
Netocrate. Voilà un mot qui fleure bon la révolution, le changement de
paradigme et l'utopie des lendemains qui chantent. Il est à la fois fluide et
accrocheur, mais en même temps, il a quelque chose d'intrigant qui appelle une
courte glose, du genre que l'on peut faire sans pour autant savoir ce qu'est
une glose. En somme, il est taillé pour casser la baraque, renverser les
certitudes et nous faire le coup de la pure ontologie.
Pourtant, on a d'emblée l'impression de le connaître déjà, tant on y entend des échos familiers. On jugerait même l'avoir déjà vu - oui, sans doute, mais pas distinctement. Et pour cause : il est le portrait craché de ses deux parents ravis, j'ai nommé le démocrate et l'aristocrate. L'oeil et l'oreille viennent d'ailleurs officiellement de décommander le test ADN.
Le netocrate a donc tout du vilain démago qui promet du sang bleu pour tous et la gratuité du Nutella. Reste le problème de l'accent - car c'est toujours un problème, l'accent, pour ceux qui ont l'art de se faire entendre du peuple. Or, le français de France l'impose aigu sur l'e, monsieur, puisque la consonne qui suit n'est pas double. Mais qu'importe, la voyelle sortira sans son couvre-chef, car outre la propreté qu'elles vantent mine de rien, léger détour subliminal, les trois premières lettres du noble terme invoquent surtout la sacrosainte réticularité de l'époque.
A ceux qui déplorent la persistance de l'anglais dans la transposition, je conseille de prendre un instant pour s'imaginer réseaucrates, eurk, puis de se taire à jamais. On en revient donc à l'élégant « net » de nos amis de cent ans. Et là, justement, ça coince. Parce qu'avant de figurer la complexité futuriste d'un réseau mondialisé, le mot veut dire filet. Ouais. Le cyborg racé qu'on avait à l'esprit cède soudain la place au bruyant marin breton, avec pipe, casquette et couperose au vent, voire à la mémé bossue qui fait ses courses au marché, les oranges ballantes frottant contre les bas de contention. Je crois d'ailleurs opportun de rappeler qu'en angliche, « crate » signifie cageot.
C'est étonnant comme tout à coup, on a plutôt envie de passer à travers les mailles de la jolie grille de lecture qui, vingt lignes plus haut, avait encore tout du diamant brut. Rien de neuf sous le soleil, pourtant : en bas de la page, le net est toujours décevant.
Lire les Wikéa des Chro :
#43 (03.08)
#44 (04.08)
#45 (05.08)
#46 (06.08)
#47 (07-08.08)
#48 (09.08)
#49 (10.08)
[Novembre 2008]