(...) Parallèlement aux films ayant fait toute leur renommée, de nombreuses expériences atypiques ont été élaborées ces dernières années dans les studios. La plus loufoque d'abord : Rex the runt (de Richard Goleszowski). A la base, deux épisodes de cinq minutes furent réalisés, en "complément de programme" pour accompagner les projections du premier Wallace & Gromit. Sorte de patchwork visuel mêlant plusieurs techniques d'animation (du dessin animé à la plasticine, en passant par le pliage de papier), ces deux films absurdes se sont avant tout fait remarquer par le sens de l'humour étrange et la trame narrative (totalement expérimentale) développés par Goleszowski. Pour en donner un aperçu, en quelques mots, disons que ces films expliquent comment le meurtre manqué d'un chien débile a pu aboutir sur l'extinction des animaux préhistoriques (l'histoire est commentée par un dindon philosophe, présenté comme un cousin éloigné du dinosaure). Le tout se termine par une infernale descente aux enfers, dans laquelle apparaissent les personnages de Eraserhead (le film de David Lynch) en plein face à face avec un poulet amorphe et hypnotique… Vous suivez ? Pas simple, normal : l'univers de Rex the runt est absolument insondable. D'ailleurs, les treize épisodes qui furent réalisés par la suite (au format T.V.) sont un hilarant défouloir d'absurdités dadaïstes du même genre.
Dans un autre style, le film méconnu de Boris Kossmehl mérite également l'attention. Not without my handbag raconte l'histoire d'une vieille anglaise, amenée malgré elle à signer un pacte avec le diable (qui s'est réincarné en vendeur de lave linge). Véritable bijou visuel, ce moyen métrage mêle les techniques du cellulo à celle de l'animation de pâte à modeler ou de marionnettes. Avec son scénario farfelu, Kossmehl prend un malin plaisir à multiplier les références cinématographiques ; celles-ci allant du Vertigo de Alfred Hitchcock à La Nuit des morts vivants de Georges Romero. D'un point de vue plastique, Not without my handbag constitue peut-être l'oeuvre la plus subtile sortie des Studios Aardman, tant au niveau des mélanges de supports, qu'aux niveau des décors aux perspectives surréalistes.
Signalons aussi, parmi les laissés pour compte, le court métrage de Jeff Newitt : Loves me, loves me not. Ce splendide poème de six minutes met en scène un dandy vaniteux, sur lequel un sort funeste est jeté. Après avoir ramassé une fleur sauvage, pour lui arracher ses pétales afin de jouer au classique "elle m'aime, elle ne m'aime pas…", ce personnage voit tour à tour se réaliser chacun de ses désirs les plus fous. D'un simple baiser sur les lèvres, à l'orgasme suprême et insoutenable (la représentation qui en est donnée rappelle les plus grandes extravagances visuelles de Tex Avery). Ce scénario, basique somme toute, est prétexte à toute une série de gags visuels absolument délicieux.

Depuis la forte émancipation des studios, qui s'est nettement faite ressentir grâce au succès des films de Nick Park, Aardman continue tout de même à produire quelques courts métrages à visée peu commerciale. Bien entendu, ceux-ci ne pourraient pas voir le jour si les bénéfices engrangés par les succès comme Wallace & Gromit ou Chicken run ne faisaient pas tourner la machine... Doit-on remercier Hollywood ?

Jean-Baptiste Hanak

La plupart de ces films ont été édités en vidéo et DVD aux éditions Montparnasse ("Les chefs d'oeuvre du studio Aardman").

L'intégrale des épisodes T.V. de Rex the runt n'est malheureusement pas disponible en France. On pourra toutefois visionner certains extraits sur le site officiel des Studios Aardman et voir les pages d'infos consacrées à la série

A propos de "Chicken run", voir le making of du film

Un documentaire contenant plusieurs extraits de tous ces films, "Patamodeleur", sera diffusé le samedi 23 décembre à 18h sur Canal +









La poule aux oeufs d'or
Entretien avec Nick Park et Peter Lord, les réalisateur de "Chicken run", premier long métrage des studios Aardman.




Les dessous de chez Aardman
Bref historiques des Studios Aardman et retour sur les productions les plus fidèles à l'esprit de l'équipe.
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Chicken run, le film


Chicken run, le jeu