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[23.05.11] - Palmarès

Evidence et surprise, à la fois : comme l'an dernier au moment où Oncle Boonmee était couronné, la Palme remise à Malick pour The Tree of life suscite, outre une grande joie, ce sentiment double, un peu paradoxal. Evidence, d'abord parce que The Tree of life était sans aucun doute le plus beau film de la sélection. Aussi pour une raison moins noble, que les esprits chagrins ne manqueront pas d'invoquer pour contester ce choix : l'attente énorme suscitée par le film, comme le statut un peu particulier de Malick – nourri autant par son génie que par sa rareté –, tout ça faisait qu'on l'attendait là et pas ailleurs, sur la première marche. Surprise, pourtant, parce que ces attentes furent déçues pour une partie du public cannois, et parce qu'il y a dans un tel prix une audace conforme à celle du film, objet sidérant, inattendu, où se joue une idée très haute du cinéma, tellement haute que, depuis le cosmos où elle se déploie, elle peut aussi sembler un peu lointaine, un peu difficile à cerner. Merci au jury, donc (et pour la deuxième année consécutive) pour avoir pris la peine de grimper jusque là.
Palme d'Or :
The Tree of life,
Terence Malick (USA)
Malick, lui, n'a pas fait le chemin inverse pour venir recevoir son prix.
Ce qui n'a rien, évidemment, d'une coquetterie, et à vrai dire, sa présence sur
scène était difficile à concevoir. C'est très bien comme ça, Malick partout,
Malick nulle part, corps céleste et dinosaure.
Grand prix ex-aequo :
Il était une fois en Anatolie, Nuri Bilge Ceylan (Turquie)
Le Gamin au vélo, Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique)
J'entendais dire hier que les goûts du jury étaient assez éclatés, et ce
double grand prix dit bien la possible part de compromis du palmarès. Le choix
de ces deux films n'a rien d'une surprise, Ceylan comme les Dardenne sont, dans
des registres on ne peut plus opposés, des bêtes de concours (c'est le
troisième prix que reçoit Ceylan, et pour les Dardenne, on a fini de compter).
Je n'ai pas tenu longtemps devant le premier, trop moustachu pour moi (cf. mon
post d'hier) ; quant au deuxième, je l'ai loupé mais ne doute pas qu'il
est très beau – l'inverse serait surprenant.
Prix d'interprétation féminine :
Kirsten Dunst pour Melancholia
Après Björk et Charlotte Gainsbourg, c'est la troisième à recevoir le
prix pour un film de Lars Von Trier. Pour ce que j'ai vu du film, elle avait
l'air très bien. Elle était bien aussi dans le registre muet et écarquillé de
sa réaction au pétage de câble en direct de Von Trier, pendant la conférence de presse du film.
Prix d'interprétation masculine :
Jean Dujardin pour The Artist
Je n'ai pas vu le film, je n'y croyais pas trop. Les échos sont plutôt bons
dans l'ensemble, et je veux bien croire que Dujardin, acteur intéressant mais
un peu limité jusqu'ici, puisse y faire des miracles (d'autant qu'un pastiche
de film muet semble un terrain idéal pour son jeu de sourcils de haute précision).
Prix de la mise en scène :
Drive, Nicolas Winding Refn (USA)
Tout le monde l'avait senti venir, il semblait évident que le film aurait
un prix et que celui-ci serait le plus adapté. C'est assez mérité même le film ne me convainc pas à 100%.
Prix du scénario :
Footnote, Joseph Cedar (Israël)
Pas vu le film, mais les échos recueillis vont de bof à beurk.
Prix du jury :
Polisse, Maïwenn (France)
Sérieusement essoufflée au moment de venir récupérer son prix, Maïwenn ne
s'est visiblement pas remise du tournage musclé de Polisse. Lequel, globalement, n'est pas exactement un bon film,
mais pas vraiment antipathique non plus, alors pour ma part, pas d'objection à ces encouragements.
Caméra d'or :
Las Acacias, Pablo Giorgelli (Argentine)
Pas vu, échos plutôt bons dans l'ensemble.
Palme d'Or du court métrage :
Cross, Maryna Vroda (Ukraine)
Prix du jury du court métrage :
Maillot de bain 46, Wannes Deestoop
Il ne m'est, vraiment, jamais venu à l'idée d'aller voir les courts
métrages de la sélection officielle. Rien à dire, donc, sinon un bravo de principe aux lauréats.
De l'avis général, auquel je souscris, cette édition 2011 fut plutôt réussie. C'est-à-dire ? Simplement que le niveau général des films était bon, même si, au fond, on ne revient pas nécessairement avec le sentiment d'avoir vu beaucoup de grands films. La qualité de la sélection officielle de cette année est ailleurs, dans l'équilibre qui était le sien, l'intelligence notable de ses choix et donc le sentiment au bout du compte que même les films les plus discutables, les moins bons, avaient ici leur place. Et de fait, ces films-là – Polisse, par exemple – ont suscité la discussion, méritaient qu'on en parle. On y reviendra évidemment, à mesure que ces films-là ou les autres, petit à petit, vont s'inviter dans les salles. En attendant, il y a plus urgent, pour ma part en tout cas : fermer boutique et dormir, autant que possible. Salut.