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Cannes 2010

Un dernier nanarbre

[22.05.10 - 22h09]
Cannes 2010

Chronic'art, Cannes 2010, avant-dernier post en faisant les valises. Cette année, elles seront légères, vu qu'il n'y a pas grand chose à ramener : baume du tigre (Oncle Boonmee), bonbons (Kaboom), jeu vidéo (Film socialisme), carte postale (L'Affaire Angelica). Pour le reste et avant de rendre les clefs : penser à descendre les poubelles.

J'exagère un peu (il faudrait faire un peu de place pour My joy, Outrage, You will meet a dark stranger, et à la limite Aurora, Rubber, Todos vós sodes capitans), mais dans l'ensemble, voilà, le butin est maigre, maigre comme jamais. Il faudra attendre demain, et le palmarès, pour faire un vrai bilan et surtout pour voir jusqu'où on avait raison dans notre report avant tout le monde. Inarritu Palme d'or, c'est possible ? Sinistre, mais possible : Biutiful a fait de l'effet. Ont souscrit à cette pâtisserie (dont je n'ai vu qu'une heure sur deux, je l'avoue, mais les plus indulgents expliquent que c'est la plus réussie avant une plongée sans retour dans l'horreur lacrymale, alors bon) : la presse internationale et une bonne partie de la française (5 palmes d'or au Cannomètre quotidien du Film Français, quand même), ainsi qu'une partie du jury, la plus inattendue ici puisqu'il s'agirait de Victor Erice. Autres rumeurs ? Le favori, semble-t-il, reste Mike Leigh avec son Another year. Je ne l'ai pas vu, les échos sont plutôt bons et en même temps, personne ne s'excite vraiment - c'est un bon Mike Leigh, Mike Leigh qui a déjà eu la Palme, voilà, pas de surprise à l'horizon. Très aimé, aussi, le Beauvois, Des hommes et des dieux. Je ne reviens pas sur le film, qui n'est pas atroce, mais distinguer un tel film serait, quand même, couronner une certaine mollesse, celle d'un cinéma d'auteur du centre qui, à titre personnel, ne me passionne pas. Poetry, enfin, a plu, c'est à envisager au palmarès. Par ailleurs, je mets ma main à couper (d'ailleurs c'était mon pronostic dans Chronic'art #65), que le prix du jury, traditionnel lot de consolation pour les radicaux qui divisent, reviendra à l'ukrainien My Joy. Sinon, il paraît que Tim Burton a beaucoup aimé Tournée. Et Apichatpong ? Ne rêvons pas - encore que le film, hormis les ricanements d'une frange indécrottable de la presse, fut plutôt bien reçu, mieux visiblement que Tropical malady en son temps.

Ah, tiens, joie du direct : on m'apprend à l'instant que Hahaha, le HongSangsoo, vient de se voir attribuer le prix Un Certain Regard. Je n'ai pas vu le film, qui a beaucoup plus à Jean-Sébastien et Vincent - très excités tous les deux.

Un mot rapide du palmarès de la Semaine de la critique, dévoilé il y a deux jours, et puisqu'il concerne deux films que j'ai vus et dont je n'avais pas trouvé le temps de parler. Un court métrage, Berick, qui met en scène un homme souffrant d'une déformation type Elephant man, film abominable qui ménage dans ses premières minutes un suspense dégueulasse en explorant en gros plans les chairs gonflées du visage dudit Berick - comment peut-on faire des films pareils ? Pas plus convaincu par Armadillo, le long métrage, docu danois sur une bande de troufions engagés en Irak, mais filmé comme une fiction hollywoodienne sur la guerre (hard-rock, image ultra-saturée, surdécoupage de tout). Promesse de vertige théorique (un Redacted à l'envers), et au final un film assez bête, qui n'est que ce qu'il est - c'est-à-dire un équivalent trop long à n'importe quel spot de pub bourrin pour l'armée de terre -, et sûrement pas ce qu'il prétend être - un pamphlet brut de pomme. Cela dit, au sujet de la Semaine de la critique, soyons beau joueur. Nous ne fûmes pas tendre, dans notre pré-bilan, en dressant le portrait de la plus ancienne section parallèle de Cannes en parent pauvre et généralement dispensable. Ce n'était pas totalement faux jusqu'ici, mais il faut bien reconnaître que cette année, la Semaine fit parler d'elle, au point d'éclipser la Quinzaine, un peu moins stimulante. Outre le joli coup Rubber, deux films ont suscité beaucoup d'enthousiasme, l'un français (Belle épine), l'autre américain (The Myth of the american sleepover), tous les deux des teen movies - pour résumer. Ces films, je ne les ai pas vus, je n'en ai pas trouvé le temps, c'est dommage apparemment. Un coup de chapeau, donc, à la Semaine : promis, l'année prochaine on fera le trajet jusqu'à l'Espace Miramar.

Un mot du dernier film vu : The Tree de Julie Bertucelli, qui est le film de clôture de la sélection officielle. Finale grandiose : le film est un nanar cosmique. Tourné en anglais, avec Charlotte Gainsbourg et en Australie, il narre le récit d'une petite famille modèle qui a planté dans le bush sa maisonnette, à l'ombre d'un arbre géant qui est le vrai héros de l'histoire. Le père meurt au volant, vient s'encastrer dans l'arbre, c'est triste, mais pas trop, puisqu'en fait l'esprit du père a migré dans l'arbre ; l'arbre, c'est papa, alors faisons-lui un câlin. Il faudrait avoir le temps de raconter tout ce que cette idée-là inspire au film (l'arbre réagit, se met à pousser, casse littéralement la baraque quand Charlotte Gainsbourg envisage de se recaser), mais disons juste qu'il se tient quelque part entre un sous Spielberg 90's, et un clip de Coldplay filmé par la Jane Campion de Holy smoke. Après Apichatpong, et sur un sujet pas si lointain, ça fait mal.

Voilà. Bilan ce soir. Un mot pour finir ? Faute de mieux, celui-ci, dû à Thierry Frémeaux interrogé ce matin par la RTBF : « Les Belges sont partout, presque comme une chose naturelle ». Bonsoir.

Jérôme Momcilovic

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