
Eloge du sommeil Ca y est, la fracture a eu lieu, celle que je redoutais tant et à laquelle j'espérais malgré tout échapper cette année. Mais non ; il aura suffi d'une soirée un peu trop prolongée (et arrosée) pour que le décalage entre mon état de spectateur normal et celui de robot somnambulique se fasse pleinement ressentir. Depuis deux jours, je ne suis plus le même : en plein dans les films, mais tellement sûr de bien les suivre que je finis par m'accorder quelques secondes de semi-sommeil, à l'écoute des dialogues tout en continuant de visualiser intérieurement la séquence grâce aux maîtres du plan fixe (Jacques Rivette, Tsai Ming-liang). Erreur fatale : c'est à partir de là que ça commence à se brouiller, que les images deviennent délirantes et que les personnages se dédoublent. Il faut alors faire un effort surhumain pour suivre correctement les trames les plus simples, conserver un minimum d'espace critique ; bref, rester maître de la situation. Seul bonheur : quand vos propres fantasmes se mêlent à ceux des cinéastes. Expérience vécue pendant la projection du dernier Lynch, pour la peine presque totalement imaginaire, peuplée de fantômes et de créatures au statut encore plus flou que sur l'écran. Bercé par la musique d'Angelo Badalamenti, je n'ai pas vu Mullholand drive, je l'ai rêvé. Et c'était très beau.
Yann Gonzalez
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