
15 minutes En un quart d'heure, Trouble everyday a réussi le prodige de me faire oublier la fatigue et la lassitude qui me minaient depuis le début du Festival. Rarement un film m'aura donné cette sensation bouleversante d'être en osmose totale avec l'image, les yeux grand ouverts, la bouché bée, suffocant de plaisir et d'admiration mêlés. Qu'y voit-on ? Une Béatrice Dalle aguicheuse puis, quelques plans plus loin, haletante et recouverte de sang ; un avion survolant une ville dont les lumières évoquent un circuit électronique ; Vincent Gallo, pris d'un malaise fantasmatique, rêvant de dévorer sa jeune et frêle épouse. Alors oui, bien sûr, cette puissance de cinéma inaugurale, cet ensemble de pistes intenses et fascinantes ne pouvaient aboutir qu'à des prolongements décevants. Et même si Trouble everyday réserve par la suite son lot de fulgurances gore et charnelles, Claire Denis ne retrouve que rarement l'intensité proprement magique de ces premiers instants. Qu'importe finalement, puisque ces 15 minutes nous auront suffi à croire plus que jamais en un cinéma de la catharsis. Du coup, on attend les prochains films cannois avec impatience. Enfin !
Yann Gonzalez
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