Chronic'art : Comment est né Ce vieux rêve qui bouge ?
Alain Guiraudie : Ca faisait longtemps que j'avais envie de filmer des sites industriels et plus particulièrement des zones en friche. J'avais aussi ce désir de réaliser un film autour du monde ouvrier et de cette période où beaucoup d'usines ont fermé avec toutes les vagues de licenciements que ça a provoqué. Le rapport au travail m'intéresse aussi : voir comment il a pu évoluer avec l'arrivée du chômage. Au début, c'était une vague idée de documentaire mais je ne m'en sortais pas Je n'arrivais par à trouver un angle original pour aborder le problème.
Pourquoi traiter simultanément du monde ouvrier et de l'homosexualité ?
Parallèlement à cette idée de documentaire, je travaillais sur un autre film : une histoire de désir entre trois hommes qui traitait de la satisfaction et des fantasmes. Les deux projets s'opposaient et c'est en les réunissant que j'ai trouvé mon angle d'attaque. Ca me permettait aussi de sortir de l'imagerie traditionnelle du milieu homosexuel. Transposer des affaires de drague dans un monde du travail très viril me permettait d'aller à l'encontre de l'effet Gay pride. J'avais aussi envie de filmer des gens qui n'avaient pas une beauté évidente mais dont on pouvait quand même tirer une séduction. J'en avais marre de voir des héros homosexuels forcément beaux.
Comment choisis-tu tes acteurs ?
C'est essentiellement une histoire de rencontre. Tout dépend de la façon dont la personne parle du projet, ce qu'elle ressent, son implication par rapport à lui. Par contre, si le comédien ne sait pas bouger ou n'arrive pas à dire son texte, je ne chercherais pas à récupérer ces faiblesses par le travail. Si ça ne va pas, je préfère prendre quelqu'un d'autre.
Quel effet ça fait d'être présent à Cannes ?
Je suis content d'être ici. Le premier jour, j'avais un peu d'appréhension, la même sensation que lorsque j'allais à la mer à Biarritz l'été. Je pensais avoir du mal avec la foule et le côté luxueux du festival, les rêves de pacotille des gens qui pique-niquent devant les marches en espérant apercevoir une vedette ou qui font le pied de grue devant un hôtel pour voir Josiane Balasko ! Finalement, ça me plaît bien, car Cannes est une des rares occasions de sentir que le cinéma fait encore rêver les gens. Il faut que ça continue. En dehors de ça, j'admire la tenue du Festival qui n'a pas cédé aux sirènes du business et continue de présenter une programmation exigeante.
Propos recueillis par Elysabeth François et Gégoire Bénabent