| Mardi 15 mai | The Pledge (Compétition officielle) de Sean Penn (Etats-Unis)
avec Jack Nicholson, Robin Wright Penn, Aaron Eckart, Benicio del Toro
durée : 2h04 |

Dans un bled d'une région enneigée des Etats unis, l'inspecteur de police Jerry Black (Jack Nicholson) vit son dernier jour de service avant la retraite. Pendant le pot de départ organisé par ses collègues, il apprend qu'une fillette a été retrouvée assassinée dans les bois alentours. Il décide de prendre une dernière fois l'affaire en main, et annonce lui même le drame au parents. La mère lui fait jurer -religieusement- de retrouver le meurtrier, engageant le salut de son âme. Persuadé que le suspect (Benicio del Toro, un indien simplet qui se suicide) n'est pas le bon, il se renseigne sur d'autres crimes non résolus…
Ce point de départ extrêmement classique (on s'attend à assister au dernier exploit d'un policier vétéran), le spiritualisme un brin fumeux sur lequel repose la promesse de Jerry, n'empêchent pas le troisième film de Sean Penn de prendre un tour original. Le héros, qui achète une station service dans un hameau au bord d'une rivière, apparemment pour couler des jours tranquilles en s'adonnant à la pêche -son passe temps favori- devient peu à peu victime de son serment, qui tourne à l'obsession. Cette dernière n'est pas étrangère à son intérêt pour Chrissie, la petite fille de Lori (Robin Wright Penn), une jeune femme esseulée qui s'énamoure de Jerry. Dès lors, Sean Penn s'applique à brouiller les pistes. Le danger que guette Jerry, est-il réel ou seulement probable ? Le tueur d'enfant, le "géant", personnage hypothétique auteurs de crimes antérieurs, l'ogre des contes et des dessins d'enfants, existe-t-il ailleurs que dans son imagination ? Sean Penn rend ces doutes extrêmement palpables, parvient à les inscrire dans la façade paisible des paysages, un coin d'Amérique ensoleillé que le regard vacillant et paranoïaque de Jerry fait paraître hanté, menaçant. Instable ou paisible par intermittence, la mise en scène épouse le trouble du héros, contemplatif et inquiet, hésitant entre un bonheur possible et sa "mission". Un véritable héros tragique (issu du roman de l'auteur suisse Friedrich Durnnemät dont s'inspire le scénario), un homme piégé par son désir de rémission, et qui détruit son bonheur pour une vie future à laquelle il ne fait pourtant jamais allusion. Nicholson, moins cabotin qu'on l'attendait, est tenu par cette crainte obscure qui grandit son personnage. Certes, des rôles tout à fait secondaires peuvent paraître "surcasté" (Mickey Rourke, Sam Shepard, Vanessa Redgrave, tous remarquables dans leurs très courtes apparitions respectives), et quelques scories de montage rendent le récit parfois brouillon. Mais The Pledge reste un film habité par une inquiétude sincère, qui confirme indubitablement le tempérament de Sean Penn cinéaste.
Grégoire Bénabent
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