Vendredi 11 mai
Kandahar (Compétition officielle)
de Mohsen Makhmalbaf (Iran)
avec Niloufar Pazira, Hassan Tantaï, Sadou Teymouri
durée : 1h35

Avec Abbas Kiarostami (lui aussi présent à Cannes pour son documentaire ABC Africa), Mohsen Makhmalbaf est le plus célèbre réalisateur iranien. Plusieurs fois invité par le Festival, notamment en 1999 pour son sketch La Porte dans Les Contes de Kish, le réalisateur est un habitué des festivités auxquelles il participe aussi avec les films des membres de sa famille. C'est lui par exemple l'auteur du scénario du Tableau noir, long métrage de sa fille Samira et Prix du jury l'an passé. Cette année, il propose au public cannois un road movie en Afghanistan.

Tourné clandestinement au pays des Talibans, Kandahar marque l'intérêt du cinéaste pour la cause des femmes afghanes condamnées entre autres à vivre cachées sous le tchadri (vêtement qui les recouvre entièrement). On y suit le voyage de Nafas exilée au Canada mais qui revient en Afghanistan pour sauver sa soeur. Ne supportant plus l'oppression des Talibans, celle-ci lui a fait part dans une lettre de son intention de se suicider pendant la prochaine éclipse de soleil. Nafas entame alors un long périple dans le désert pour rejoindre sa cadette et lui redonner espoir. Adepte d'un symbolisme pas toujours très finaud, Moshen Makhmalbaf a conçu un scénario qui ne laisse aucun détail au hasard, y compris le prénom de son héroïne (Nafas signifie "Respiration" en iranien). C'est là le principal défaut du film qui se vautre dans une dénonciation très "politiquement correcte" de la situation en Afghanistan. Kandahar ne rajoutera rien à ce que l'on sait déjà : la condition de la femme est catastrophique dans ce pays, voire inexistante. Makhmalbaf imagine un ensemble de scènes qui soulignent lourdement ce fait jusqu'au très prévisible plan subjectif derrière la grille du tchadri. Le film souffre d'un trop grand didactisme qui n'est même pas compensé par une réalisation originale. Quand le cinéaste oublie de nourrir son exposé géopolitique, il se laisse aller à une esthétique folklorique à la limite du vulgaire. Il y a en effet quelque chose d'indécent à se servir du malheur de ces femmes pour construire un "joli plan" (voir la scène du mariage où celles-ci sont soigneusement "rangées" par couleur de voile). On regrettera donc que Makhmalbaf n'ait pas fait preuve d'un peu plus d'humilité vis à vis d'un sujet trop brûlant pour être banalisé.

Elysabeth François
 

Filmographie
Le Tableau noir (2000)
Les Contes de Kish (1999)
• Le Silence (1998)
• La Pomme (1998)
• Un Instant d'innocence (1996)
• Gabbeh (1995)
• Salam cinéma (1994)
• Nasseredin Shah, l'acteur du cinéma (1992)
• Les Nuits de Zayandehroud (1991)
• Le Temps de l'amour (1990)
• La Noce des bénis (1989)
• Le Cycliste (1988)
• Le Camelot (1987)
• Boycott (1985)
• Nassouh le repentant (1982)
 
Sur le web
• voir la page du film sur le site officiel du Festival
• lire une brève bio du réalisateur
Carrément à l'ouest
La Femme qui boit
Kairo
Sleepless
Apocalypse now redux
Le site officiel du 54e Festival de Cannes



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