| Mercredi 9 mai | Moulin Rouge (Compétition officielle) de Baz Luhrmann (Etats-Unis) avec Nicole Kidman, Ewan McGregor, John Leguizamo, Jim Broadbent durée : 2h10 |

Seul film de studio à concourir dans la Compétition Officielle, Moulin Rouge a bénéficié d'un gros budget et ça se voit. L'on retiendra surtout du troisième long métrage de Baz Lurhmann, remarqué en 1996 avec sa version très MTV de Roméo et Juliette mettant en vedette Leonardo Di Caprio, son faste et ses décors grandioses. Sur ce point, le film n'a rien à envier à son prédécesseur, Vatel de Roland Joffé, qui ouvrait les festivités l'an passé. Comme si pour bien débuter la fête, l'opulente production était de rigueur plutôt que l'ambiance un brin rigoriste d'un Kiarostami ou d'un Manoel de Oliveira. Soit !
Ceux qui ont vu son Roméo et Juliette ne seront pas surpris par cette version très "pop" du Moulin Rouge telle que l'a conçue Baz Lurhmann. Montage clipesque avec des plans qui défilent à vitesse grand V, cadrages biscornus, le cinéaste s'est fait une spécialité de dépoussiérer les vieux mythes. Continuant son exploration du thème des amants maudits, il nous offre avec Moulin Rouge une variante de la tragédie La Dame aux camélias mâtinée de l'ambiance très "french cancan" du plus célèbre des cabarets parisiens. L'histoire ? Un amour tragique entre Satine, une courtisane vedette du show du Moulin Rouge, et Christian, un jeune écrivain fauché. Enchaînant avec aisance les numéros musicaux impressionnants, le film de Baz Lurhmann aurait pu être un divertissement agréable. Dommage que le cinéaste fasse preuve d'une naïveté confondante. Il ramène ainsi sans complexe la bohème parisienne du début du XXe siècle à une série de clichés dignes du pire appareil photo touristique. Tout ça pour nous asséner tout du long un discours édifiant sur la primauté de l'amour dans chaque vie humaine. Cerise sur le gâteau : Baz Lurhmann a la fausse bonne idée de semer ça et là dans le film des rythmes techno et des remixes de tubes planétaires des années 80 comme le Roxanne de Sting, le Material girl de Madonna ou encore les slow sirupeux d'Elton John. En utilisant à fond l'anachronisme, le cinéaste croit faire oeuvre de modernité. Raté : il crée seulement ici une connivence facile et artificielle avec le spectateur. Au final, Moulin Rouge est un produit calibré pour plaire au plus grand nombre, parfaitement adapté au spectateur pas trop exigeant.
Elysabeth François
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