Samedi 19 mai

De l'eau tiède sous un pont rouge (Compétition officielle)
de Shohei Imamura (Japon)
avec Yakusho Koji, Shimizu Misa, Baisho Mitsuko
durée : 1h59

A plus de 70 ans, Shohei Imamura est toujours aussi vert. En témoigne "De l'eau tiède sous un pont", son dernier opus en forme d'allégorie sexuelle. Après avoir reçu deux fois la Palme d'or pour "La Ballade de Narayama" (1983) et "L'Anguille" (1997), le cinéaste pourrait peut-être bien créer la surprise en remportant un troisième trophée cannois.
Dans "De l'eau…", le réalisateur japonais suit les aventure tragi-comiques de Yosuke, un cadre au chômage que sa femme est en train de quitter. Après la mort de son ami Taro, il décide de vérifier la véracité de la légende que ne cessait de lui raconter le vieil homme: un bouddha en or serait caché dans l'armoire d'une maison près d'un pont rouge. Yosuke fait alors la connaissance d'une jeune femme mystérieuse qui perd des quantités d'eau dès qu'elle éprouve du plaisir charnel. Le film d'Imamura mélange allègrement la réalité et le merveilleux sans se soucier d'une quelconque vraisemblance. Une étonnante fable philosophique dont la légèreté de ton offre un peu de répit dans cette très "sérieuse" sélection cannoise.

Elysabeth François

Lan Yu (Un Certain regard)
de Stanley Kwan (Hong Kong)
avec Hu Jun, Liu Ye, Su Jin

Romance pédé aussi passionnante qu'une lecture de "Nous deux", "Lan Yu" marque la décadence de Stanley Kwan, cinéaste-phare de Hong-Kong notamment admiré pour "Rouge", belle histoire de fantôme chinois. Inspiré par une confession intime et culte éditée sur le Net par un auteur anonyme, le film décrit la liaison d'un homme d'affaires d'une trentaine d'années et de son jeune micheton. Au programme : passions contrariées, virage (éphémère) de cuti, et marginalité difficile à vivre. Bref, rien que du déjà-vu, filmé sans la moindre inspiration (plans serrés, lumières glauques : le pied total) et joué par des comédiens dépourvus du charisme qui aurait pu sauver les meubles. Certes, réaliser une oeuvre chinoise ouvertement gay est un acte courageux en soi, mais qui ne suffit pas à justifier la médiocrité de cette oeuvre laborieuse. Dans le genre film de revendication homo, on préfère cent fois l'irrévérencieux Protégé de Madame Qing, tout aussi chinois mais bien plus original.

Yann Gonzalez

Millenium mambo (Compétition officielle)
de Hou Hsiao Hsien (Taiwan)
avec Shu Qi, Tuan Chung Hao
durée : 1h59

Le premier plan de "Millenium mambo", travelling au ralenti épousant la démarche chaloupée d'une jeune fille dans une nuit striée de néons bleus, impose la mélancolie sensuelle qui ne quittera jamais le film. Vicky, jeune "nightclubbeuse" de Taipei, ne parvient pas à se défaire de Hao hao, un jeune homme amoureux et jaloux, et se réfugie chez Jack, un homme mûr et protecteur. Une voix off lancinante (Vicky elle même, dix ans plus tard), accompagne les longues séquences hypnotiques, évidées de tout événement dramatique, qui constitue le film. Chaque plan, simple et magnifique mesure d'une vie qui s'écoule, saisit la beauté de Vicky, fille paumée et souffrante qui se laisse littéralement absorber par son décor (les boites et le bar où elle travaille). Hou Hsiao Hsien à choisi de nous faire connaître son personnage en restituant son sentiment du temps, au moment où sa vie s'égare. Une musique délétère avec laquelle Vicky s'enivre, participe elle aussi de cette osmose sensorielle. Hou Hsiao Hsien exige du spectateur un regard libre et disponible, qu'il s'abandonne littéralement au film, comme lui même sait si bien s'abandonner à la vie qu'il observe. Lente et fascinante dérive photographiée avec brio par Mark Li Ping Bing, "Millenium mambo" est une oeuvre somptueuse et innovante. Et donc un candidat de plus plausible pour la palme..

Grégoire Bénabent
 

Queenie in love
de Amos Kollek

Hou Hsiao Hsien
Génération perdue
Le site officiel du 54e Festival de Cannes



18/19.05.01
Semaine de la critique : le palmarès
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