| Jeudi 17 mai |

Taurus (Compétition officielle)
d'Alexandre Sokourov (Russie)
avec Serguei Razhouk, Natalia Nikoulenko, Lev Yeliseyev
durée : 1h30
Il y a deux ans, Sokourov présentait Moloch un film retraçant une journée d'Hitler passée avec sa maîtresse Eva Braun. Cette année, le Russe nous propose la même chose avec cette fois-ci dans le rôle principal rien de moins que Lenine. Les deux films fonctionnent sur le même procédé esthétique et narratif, une sorte de 24 heures dans la vie des "grands de ce monde" version trash. Car chez Sokourov, les hommes d'Etat, présentés comme des cas pathologiques à force d'excès de pouvoir, pètent et rotent sans la moindre retenue.
"Taurus" commence donc au réveil de Lenine, affaibli par un deuxième infarctus qui lui a laissé la partie droite du corps paralysée. Réfugié dans sa datcha perdue dans la forêt pendant qu'un gouvernement provisoire dont fait partie Staline dirige le pays, il perd progressivement la raison à mesure que le pouvoir lui échappe. Sokourov reprend l'ambiance brumeuse de "Moloch" pour créer un univers à la fois réaliste et onirique comme si la description de Lenine ou Hitler ne pouvait se faire de manière naturaliste. On rejoint donc le mythe même si chez Sokourov, celui-ci penche largement vers le grotesque.
Elysabeth François |
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Ceci est mon corps (Quinzaine des réalisateurs)
de Rodolphe Marconi (France)
avec Louis Garrel, Jane Birkin, Mélanie Laurent
Premier long métrage de Rodolphe Marconi, "Ceci est mon corps" commence sous les meilleurs auspices : un plan pré-générique d'un danseur contemporain, musique grave, mouvements bruts et appliqués mais regard buté, vers un ailleurs mystérieux. Une image qui résume à elle seule le parcours d'Antoine (Louis Garrel dans son premier rôle d'adulte après une apparition dans "Les Baisers de secours" de son père Philippe), jeune étudiant en H.E.C. qui, las de sa destinée balisée, rêve de nouveaux territoires. L'occasion se présentera plus vite que prévu : repéré dans la rue, on lui propose de tenir le rôle principal du nouveau film de Louise Vernet (Jane Birkin), cinéaste versatile et obsédée par la mort de l'acteur initialement pressenti pour incarner son héros. "Ceci est mon corps" est un film déceptif, grave et ascétique, sur un adolescent en quête d'identité. Et si l'on peu regretter ce syndrome de rétention propre à un certain cinéma français, Rodolphe Marconi réussit à créer de beaux moments d'abstraction et de désir, avec les corps idéaux de Jane Birkin et de Louis Garrel, dont l'intense cinégénie reste le plus bel atout de cet essai inégal mais prometteur.
Yann Gonzalez |
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Ce vieux rêve qui bouge (Quinzaine des réalisateurs)
d'Alain Guiraudie (France)
avec Pierre-Louis Calixte, Jean-Marie Combelles, Jean Segani
durée : 50mn
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs dans la sélection des courts et moyens métrages, "Ce vieux rêve qui bouge" est précédé d'une excellente rumeur due à la flopée de prix récoltés par le film au dernier festival de Pantin et à son Prix Jean Vigo. Alain Guiraudie poursuit donc sur la lancée de son précédent moyen métrage, Du Soleil pour les gueux, qui avait déjà reçu un accueil très favorable de la critique.
Dans "Ce vieux rêve qui bouge", le réalisateur filme une usine sur le point de fermer dans laquelle ne reste plus qu'une poignée d'ouvriers. Avec beaucoup d'humour, le cinéaste nous présente ces hommes qui n'ont plus rien à faire et passent leur temps à changer de place des tuyaux ou picoler lors d'apéritifs matinaux qui s'éternisent. On est donc loin des clichés misérabilistes sur la tragédie du chômage. Car Alain Guiraudie emprunte des voies pour le moins originales pour présenter le monde ouvrier sans le confiner dans une image figée. Il est donc aussi question de sexualité et même d'amour à travers le magnifique chassé croisé entre un employé intérimaire et le chef de service. Réalisé avec élégance, "Ce vieux rêve qui bouge" tient les promesses de son très beau titre.
Elysabeth François
Lire notre interview d'Alain Guiraudie
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