| Mercredi 16 mai |

Va savoir (Compétition officielle)
de Jacques Rivette (France)
avec Jeanne Balibar, Sergio Castellitto, Marianne Basler
Le théâtre, encore et toujours. Une troupe de comédiens italiens joue du Pirandello à Paris. Parmi eux, Camille (Jeanne Balibar, qui a remplacé au pied levé une Emmanuelle Béart en pleine Répétition), jeune française qui retrouve sa capitale après trois ans d'un exil provoqué par une rupture amoureuse. Compagne d'Ugo (Sergio Castellitto), metteur en scène de la pièce, Camille revoit son ex tandis qu'autour d'elle les imbroglios sentimentaux se multiplient. Après l'austère mais sublime "Secret défense", mal compris à sa sortie, Rivette revient à la lumière et la légèreté de ton. Marivaudage contemporain souvent à la frontière du burlesque, "Va savoir" séduit de bout en bout par ses dialogues brillants et incisifs, sa mise en scène souple et aérée, ses comédiens toujours surprenants (on notera en particulier le superbe come-back de Marianne Basler). Ce divertissement fantaisiste émaillé de romanesque est un véritable enchantement et s'affirme comme le film le plus drôle et accessible de son auteur.
Yann Gonzalez |
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H story (Un Certain regard)
de Suwa Nobuhiro (Japon)
avec Béatrice Dalle, Machida Kou, Umano Hiroaki
durée : 1h51
Béatrice Dalle dans un film japonais en forme de remake du classique "Hiroshima mon amour", voici l'étonnant programme que la sélection Un Certain regard nous proposait hier. Réalisé par Suwa Nobuhiro dont on avait déjà pu apprécié M/other, "H story" est l'un des plus beaux films vus à Cannes cette année. Et aussi une réelle surprise. En tout cas l'une des rares oeuvres vraiment avant-gardistes toutes sélections confondues. On a d'ailleurs du mal à saisir pourquoi elle ne figure pas dans la Compétition officielle…
Très expérimental dans sa forme, "H story" raconte le tournage d'un remake du film d'Alain Resnais par un cinéaste japonais (Nobuhiro lui-même) avec Béatrice Dalle dans le rôle d'Emmanuelle Riva. Alors que l'on croit assister à une simple mise en abîme, du style le film dans le film, Suwa emprunte plusieurs autres pistes comme lorsqu'il observe le travail de Béatrice Dalle et qu'il capte son désarroi face à une scène difficile à tourner. A mesure que le film avance, on saisit alors son ambition : appliquer à la lettre la célèbre réplique écrite par Resnais "Tu n'a rien vu à Hiroshima". Car "H story" est un très belle oeuvre sur l'impossibilité de raconter. Un prolongement poétique que le cinéaste français ne reniera sûrement pas...
Elysabeth François |
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Ville éphémère (Semaine de la critique)
de Giorgos Zafiris (Grèce)
avec Giorgos Dialegmenos, Maria Skoula, Maria Kehayioglou
durée : 1h23
"C'est l'histoire d'un voyage" annonce crânement l'affiche de "Ville éphémère". Mais un voyage pendant lequel il ne se passe rien, un road-movie dépourvu de grâce où les héros font du surplace auteuriste. Les pauvres Grecs croyaient avoir subi le pire avec les pensums métaphysiques d'Angelopoulos, mais c'était sans compter sur ce Giorgos Zafiris, qui marche dès son premier film sur les lourdes traces du récent palmé aigri. On y suit les aventures d'Andreas, un quinquagénaire à la recherche du village de sa défunte mère. Détruit par une catastrophe naturelle, ce dernier abrite désormais des familles d'étrangers qui tentent de survivre en dépit de leur précarité et de l'hostilité ambiante. Pourtant, c'est parmi eux qu'Andreas trouvera un semblant de réconfort. Le message du cinéaste est clair : on vit dans un monde pourri où l'humanité est devenue aussi rare que précieuse. Plus consensuel tu meurs, surtout que malgré son avalanche de plans contemplatifs, le cinéma de Zafiris reste désespérément stérile, à mille lieues du génie de Sharunas Bartas, autre amateur de paysages et de visages tristes.
Yann Gonzalez |
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Le Cas Pinochet (Semaine de la critique)
documentaire de Patricio Guzmán (France/Belgique/Espagne/Chili)
durée : 1h50
Témoin obstiné, le cinéaste chilien Patricio Guzmán a consacré de nombreux documentaires à l'histoire politique de son pays. Inaugurée tragiquement par "La Bataille du Chili", un document unique sur le gouvernement Allende et sa fin brutale avec le coup d'Etat de 1973, cette filmographie hantée par le devoir de mémoire peut enfin s'achever avec "Le Cas Pinochet". Sous forme de feuilleton politico-judiciaire, P. Guzmán retrace et vulgarise (dans le bon sens du terme) le processus éminemment complexe qui a permis l'arrestation du dictateur et la remise en cause de son immunité. Si le film possède d'indéniables vertus pédagogiques et informatives, on ne peut que regretter certains choix de réalisation (en particulier le très dispensable recours à la reconstitution au lieu de se contenter de la force brute des témoignages des victimes). Ces quelques scories narratives ne font heureusement qu'égratigner cet implacable et nécessaire documentaire sur la fin de l'impunité d'un tortionnaire ; une véritable révolution démocratique.
Nathalie Piernaz
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