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| Mardi 15 mai |

Hijack stories (Un Certain regard)
d'Oliver Schmitz (Afrique du Sud)
avec Tony Kgoroge, Rapolana Seiphemo, Moshidi Motshgwa
durée : 1h35
En Afrique du Sud, "Hijack" signifie "braquer" et des histoires de braquages, il y en aura beaucoup dans le long métrage d'Oliver Schmitz. Pourtant, l'ambition du film ne se limite pas seulement à relater les méfaits de petites frappes issues du ghetto de Johannesburg. A travers la trajectoire de son héros Sox, "Hijack stories" dresse un bilan plutôt pessimiste des progrès qui ont suivi la fin de l'Arpartheid. Sox est un pur produit de la "nation arc-en-ciel" prônée par la génération Mandela. Présentateur d'une émission télé, il vit avec une blanche et semble parfaitement intégré au système. Pourtant, une audition pour un rôle de gangster dans une série TV va le faire basculer dans le doute. Issu du ghetto qu'il a quitté tout gamin, Sox revient là-bas pour rencontrer de "vrais" gangsters afin de peaufiner sa composition. Il découvre alors un monde fait de violence, de drogue et de pauvreté. Une autre Afrique du Sud qui lui fait prendre conscience du creuset qui subsiste encore entre les communautés blanche et noire. Malgré les maladresses de sa réalisation, "Hijack stories" convainc grâce à la portée documentaire de son récit. On reparlera du film lors de sa sortie en salles, le 4 juillet prochain...
Elysabeth François
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The Anniversary party (Un Certain regard)
de Jennifer Jason Leigh et Alan Cumming (Etats-Unis)
avec Jennifer Beals, Gwyneth Paltrow, Jennifer Jason Leigh, Alan Cumming
durée : 1h55
Pour célébrer leurs six ans de mariage, Sally (Jennifer Jason Leigh), une actrice, et Joe (Alan Cumming), un écrivain, reçoivent leurs amis du showbiz dans une magnifique propriété de Los Angeles. Une fête à Hollywood dont les invités sont la véritable bande de copains des deux comédiens qui réalisent et jouent dans le film ; on craignait le pire. Miroir, oh beau miroir, tous les ingrédients étaient réunis pour un délire narcissique tourné à moindre frais grâce à la vidéo numérique. Contre toute attente "The Anniversary party" se révèle un petit film précieux sur le fragile métier d'acteur et la difficulté d'être en couple. Le rôle joué par la "Party" est certes classique -elle sert de catalyseur aux névroses de chacun (surtout après un gobage collectif d'ecstasy)-, mais le regard porté par les deux cinéastes-comédiens sur leurs proches n'est jamais complaisant. Un premier film attachant. On y revient la semaine prochaine lors de sa sortie en salles (le 23 mai).
Nathalie Piernaz |
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Lovely Rita (Un Certain regard)
de Jessica Hausner (Autriche)
avec Barbara Osika, Christoph Bauer
Très récemment remarquée avec son moyen métrage Inter-View (visible en salles depuis la semaine dernière), Jessica Hausner confirme ici son talent pour les récits d'adolescence perturbés et les ambiances sinistres. Si l'on pouvait reprocher à la jeune femme une certaine forme de mimétisme avec le cinéma de son ex-professeur Michael Haneke, "Lovely Rita" révèle davantage le regard singulier de son auteur. La cruauté de circonstance n'empêche en rien la constance d'un humour -noir- assez réjouissant. Notre "jolie Rita" est une teenager autrichienne, avec tout ce que la formule peut évoquer : amours tristes, pensées glauques et personnalité victime d'un environnement dépressif. Attirée à la fois par un chauffeur de bus de 40 ans et un gamin de 11 ans, Rita peine à faire comprendre ses désirs à ses parents maniaques et aux camarades de son école catho. Peinture sans concessions de la société autrichienne dans ce qu'elle a de plus répressif, "Lovely Rita" suit de façon sensible l'évolution d'une ado trop libre pour son monde. Figure de la marginalité, l'héroïne apprend, seule contre tous, à affirmer ses désirs. C'est ce parcours violent mais nécessaire que la cinéaste nous fait admettre avec une belle maîtrise.
Yann Gonzalez |
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Le Métier des armes (Compétition officielle)
de Ermanno Olmi (Italie)
avec Hristo Jivkov, Sergio Grammatico, Sandra Ceccarelli
durée : 1h45
Qui se souvient de la Palme d'or remportée en 1978 par Ermanno Olmi pour son chef d'oeuvre "L'Arbre aux sabots" ? Passé maître dans l'art de la discrétion, Ermanno Olmi, que l'on surnomme "l'ermite du cinéma italien" propose son nouveau long métrage après six ans d'absence. Co-production franco-italo-allemande, "Le Métier des armes" ("Il Mestiere delle armi") est une vaste fresque historique qui a mobilisé pas moins de 2 000 figurants et 400 chevaux ! Sur un sujet qui ne mobilisera pas les foules -le combat du capitaine Jean de Medicis à la tête de l'armée pontificale contre les troupes de Charles Quint-, Ermanno Olmi construit une très belle oeuvre sur une époque charnière de l'histoire. Le film se clôt en effet par la mort du jeune militaire vaincu par l'apparition de l'artillerie qui supplante le combat d'homme à homme.
"Le Métier des armes" fait partie de ces films austères souvent délaissés par les festivaliers en quête de sensations plus fortes. Pourtant, après une première demi-heure plutôt rude passée à saisir le contexte historique, on se laisse envoûté par la maîtrise du cinéaste. Aidé par une photographie magnifique signée Paolo Roversi, Ermanno Olmi construit un récit habilement monté avec un souci de narration véritablement originale. On est loin du classicisme des films en costumes...
Elysabeth François |
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Made in the USA (Quinzaine des réalisateurs)
documentaire de Solveig Anspach (France)
Le 1er mars 2000, Odell Barnes, dix ans après sont arrestation pour le viol et le meurtre d'Ellen Bass à Wichita, Texas, est exécuté à la prison tristement célèbre de Huntsville. Le jeune homme n'a jamais cessé de clamer son innocence, soutenu par les juristes et savants ayant mené la contre-enquête, persuadé d'avoir en main les preuves d'une terrible erreur judiciaire. Solveig Anspach (Haut les coeurs !) a posé sa caméra dans l'enceinte de la prison, montrant d'abord le déroulement sinistre d'une exécution capitale, le terrible compte à rebours, l'absence totale de chance d'obtenir un sursis (George Bush, alors gouverneur, n'était même pas dans l'état le jour même). Puis viennent les témoignages, les questionnements sur la culpabilité d'Odell. Même si de fortes preuves pèsent contre lui, beaucoup de doutes subsistent, et l'accusation est fragile. Le plus troublant est l'attitude d'un procureur acharné, qui refuse absolument d'entrevoir le possibilité d'une erreur, ni même la mise ne question de l'enquête. Si Odell Barnes fut toutefois mêlé au meurtre, a-t-il agi seul ? Le doute est permis, mais le procureur s'obstine à répéter que ça ne change rien. Etrange cécité pour un homme de loi, peu curieux des détails de l'enquête, trop borné pour s'apercevoir du rôle terrible qu'il se donne, dans quelle impasse morale il se trouve. Solveig Anspach, cinéaste discrète dont la maîtrise et l'intelligence se font clairement sentir au fil des entretiens et de plans de coupe, met en évidence les zones d'ombres du dossier, et délaisse le réquisitoire pour explorer les failles de la justice américaine. "Made in the USA" faire surgir les vieux démons d'une Amérique ancestrale, qui s'applique à détruire consciencieusement les supposés "monstres" qu'elle engendre, et qui sont eux aussi ses enfants.
Grégoire Bénabent
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