| Lundi 14 mai |

Trouble everyday (Hors compétition)
de Claire Denis (France)
avec Vincent Gallo, Béatrice Dalle, Florence Loiret, Tricia Vessey
Projection nocturne hors compétition pour le dernier film de Claire Denis, qui, après quelques déboires (copie défectueuse et projection de presse annulée) a été découvert par les festivaliers venus en nombre malgré l'heure tardive. Précédé d'une rumeur sulfureuse -Béatrice Dalle cannibale- "Trouble everyday" tient ses promesses et dès les premières minutes le film nous plonge dans l'inconfort. Un corps meurtri sur le talus de la route, des gouttes de sang dans les herbes hautes, alternent avec une séquence dans la torpeur d'un avion de ligne, dans lequel un jeune couple américain (Vincent Gallo et Tricia Vessey) convolent en justes noces vers Paris. On ne dévoilera pas le peu que l'on apprendra ou devinera des personnages et de leur histoire. La pulsion cannibale, les déviances latentes inscrites dans le désir pour un autre corps sont le vrai sujet de "Trouble everyday", qui néglige un alibi scénaristique faiblard pour montrer l'étreinte sanglante (Béatrice Dalle dévorant son jeune amant) tant attendu. Rituel d'amour et de mort, montré dans toute sa sauvagerie et sa beauté, la violence archaïque de "Trouble everyday" pénètre directement sous la peau, troublant les limites des corps, des sentiments, affrontant courageusement le regard incrédule du spectateur. Le malaise est profond et le pari tenu.
Grégoire Bénabent |
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La Trace de Moloktchon (Quinzaine des réalisateurs)
documentaire de Louis Jammes (France)
durée : 1h30
Réservées aux oeuvres expérimentales faisant le lien entre arts plastiques et cinéma, la section "En avant" de la Quinzaine est un espace de liberté où l'occasion nous est offerte de découvrir des films pas comme les autres. Première production de la styliste Agnès b., "La Trace de Moloktchon" est un documentaire sur une famille de Dolganes, des nomades qui vivent au Taïmyr dans le nord de la Sibérie. Filmée le temps d'une journée, la famille de Térenti, un chasseur de rennes, se prête volontiers au jeu et vaque à ses occupations quotidiennes. Le film frappe d'abord par son dispositif très intrigant. Il est effectivement projeté sur deux écrans : d'un côté, on suit la vie dans le balok (sorte de petite maison itinérante) et de l'autre, ce qui se passe à l'extérieur. Le contraste entre l'étroit intérieur et les immenses territoires du dehors prend alors sa pleine ampleur. Car "La Trace de Moloktchon", malgré ses airs de documentaire en forme de vidéo surveillance, est un très beau récit sur la notion de subsistance. En enregistrant les détails de leur vie intime, les caméras de Louis Jammes montrent les efforts que la famille doit faire pour simplement "survivre" dans les conditions extrêmes du climat sibérien. Une version cinéma sur un seul écran est actuellement en préparation.
Elysabeth François
Lire notre interview d'Agnès b. |
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No such thing (Un Certain regard)
de Hal Hartley (Etats-Unis)
avec ara Polley, Robert John Burke, Helen Mirren
durée : 1h41
Sélectionné en Compétition officielle en 1998 avec "Henry Fool" (Prix du meilleur scénario), Hal Hartley s'est vu relégué cette année dans la catégorie moins prestigieuse d'Un Certain regard. On comprend mieux l'objet de cette défaveur après avoir vu "No such thing", improbable remake de "La Belle et la bête" où sont convoqués tous les tics du cinéaste.
Un monstre reclus en Islande tue tous les être humains qui ont le malheur de croiser son chemin. Une jeune journaliste est envoyée sur place par une rédactrice en chef sans états d'âme qui espère bien obtenir un scoop spectaculaire. Bien entendu, la douce ingénue parviendra à séduire le monstre qui lui demande alors de retrouver le docteur Artaud (on admire la finesse de la référence), le seul capable de le tuer et de lui faire retrouver la paix. Dialogues pseudo-intellos et poses auteuristes caractérisent désormais le cinéma de Hal Hartley qui a perdu toute la fraîcheur des ses premiers opus. Bavard et sans intérêt : on attendait mieux du réalisateur d'"Amateur"...
Elysabeth François
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