Samedi 12 mai

Le Pornographe (Semaine de la critique)
de Bertrand Bonello (France)
avec Jean-Pierre Léaud, Jérémie Régnier, Ovidie, Dominique Blanc
durée : 1h48

Le pornographe, c'est Jacques Laurent (alias Jean-Pierre Léaud), cinéaste X qui a connu son heure de gloire dans les années 70. Après 15 ans d'absence, le voilà contraint et forcé, pour des questions d'argent de retrouver l'univers des starlettes dénudées et des sodos à la chaîne. Parallèlement, il tente de se réconcilier avec son jeune fils (Jérémie Régnier), perdu de vue pour divergence d'opinions sur ce métier très spécial, pourtant exercé avec religiosité par Laurent. Une relation sur laquelle l'auteur ne s'appesantit pas vraiment préférant s'aventurer dans les aléas d'un récit éclaté et lumineux à la fois, où il est surtout question d'errance et de quête de soi. Le porno agit quant à lui comme un révélateur de tension, un moyen de se confronter à sa propre morale et à ses désirs les plus profonds. Et si Bonello filme deux séquences frontalement (avec notamment le concours de deux excellents acteurs spécialisés : Ovidie et Titoff), "Le Pornographe" n'a rien de subversif et s'apparente plutôt à un fascinant poème de cinéma, libre et désespéré, sensible et audacieux.

Yann Gonzalez

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Storytelling (Un Certain regard)
de Todd Solondz (Etats-Unis)
avec Selma Blair, Robert Wisdom, Paul Giamatti, John Goodman
durée : 1h23

Après "Bienvenue dans l'âge ingrat" et Happiness, Todd Solondz nous brosse une nouvelle fois le portrait peu conventionnel d'une poignée de personnages saisis dans ce qu'ils ont de plus bassement humain. Composé de deux histoires, "Storytelling" suit d'abord la vie sentimentale d'une jeune étudiante en littérature plaquée par son petit ami handicapé et qui finit le soir même prise contre un mur par son professeur. Ensuite, c'est une gentille famille wasp que Todd Solondz prend pour cible et en particulier le fils aîné, un ado slacker qui n'a qu'une seule ambition : devenir le prochain "Oprah Winfrey". Si le cinéaste ne ménage pas ses héros -ceux-ci reflètent bien souvent nos travers les plus mesquins-, sa description est souvent réjouissante car dotée d'un humour qui repose sur des dialogues extrêmement bien écrits. Malgré quelques passages à vide, "Storytelling" confirme le talent d'analyste corrosif de Todd Solondz, quelque part entre Robert Altman et Harmony Korine…

Elysabeth François

Shrek (Compétition officielle)
de Andrew Adamson et Vicky Jenson (Etats-Unis)
avec les voix de Mike Myers, Eddie Murphy et Cameron Diaz
durée : 1h30

Un dessin animé en compétition cannoise, c'est assez rare pour que l'on s'attende à un miracle de cinéma, à une féerie brillante et originale. Peine perdue : si "Shrek" est bien plus inventif que la plupart des Disney, on reste sur sa faim devant ce spectacle somme toute assez démago. Malgré une succession de gags de mauvais goût (la princesse rote et se goinfre de mets gerbants), cette histoire d'ogre amoureux s'achève sur une morale politiquement correcte et bien-pensante à souhait. Du coup, les petites impertinences de départ passent pour autant d'astuces faux-cul tout justes bonnes à ratisser un public aussi large que possible. Certes, l'animation (en images de synthèse) est irréprochable et le spectacle plaisant, mais même les meilleures idées (tel ce village peuplé de personnages issus de contes célèbres) y semblent sous-exploitées, comme si les auteurs reculaient devant leurs propres audaces. En résumé, un produit trop calibré pour séduire totalement.

Yann Gonzalez

Big bad love (Quinzaine des réalisateurs)
de Arliss Howard (Etats-Unis)
avec Arliss Howard, Debra Winger, Rosanna Arquette, Angie Dickinson
durée : 1h56

Premier film du comédien (inconnu chez nous) Arliss Howard, "Big bad love" suit les déboires de Barlow, écrivain loser et alcoolique coincé dans son bled paumé du Mississipi. Un quotidien rythmé par les lettres de refus des maisons d'édition, les tournées de bars en compagnie de son meilleur pote et les aléas d'une vie familiale chaotique (séparé de sa femme, Barlow est père d'une petite fille atteinte d'une maladie incurable). Plutôt bien écrit, "Big bad love" manque toutefois de profondeur pour emporter l'adhésion. Jouant de façon un peu trop systématique sur la confusion entre fantasmes d'artiste et réalité sordide, Arliss Howard livre un film en roue libre, où les tranches de vie se succèdent avec plus ou moins de bonheur sans guère de rigueur ni de mise en scène. Restent les comédiens, dont le talent parvient à sauver les meubles de cette entreprise inconsistante.

Yann Gonzalez

No man's land (Compétition officielle)
de Danis Tanovic (Bosnie)
avec Branko Djuric, Rene Bitrorajac, Katrin Cartlidge
durée : 1h38

Premier film bosniaque à concourir en Compétition Officielle, "No man's land" ne déçoit pas. Danis Tanovic nous livre en effet un récit sans complaisance sur l'absurdité des guerres et en particulier de celle qui opposa, il n'y a pas si longtemps, les Serbes et les Bosniaques. Sans prendre partie pour l'une des deux ethnies, le cinéaste souligne avec une bonne dose d'humour noir l'incongruité de ce conflit qui divisa puis détruisit un pays tout entier. Au coeur de la guerre de Bosnie en 1993, Nino et Ciki, un Serbe et un Bosniaque, se retrouvent coincés dans une tranchée entre les lignes ennemies. Un troisième homme gît blessé et vit sous la menace permanente d'une mine placée sous lui, prête à exploser à son moindre mouvement. Quand la Forpronu décide de venir les secourir, la situation devient encore plus ubuesque. Sans sacrifier une seule fois à la grandiloquence, Danis Tanovic construit une histoire qui se déroule selon une logique implacable et abrupte qui rappelle celle du poignant documentaire de Chris Marker sur la guerre en Yougoslavie, "Casques bleus".

Elysabeth François
 


La Répétition
de Catherine Corsini
Rencontre avec
Bertrand Bonello
Le site officiel du 54e Festival de Cannes



12/13.05.01
Les lofstoriens, vraies stars du Festival
Apocalypse now en plein air
Parce qu'elles le valent bien


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