| Vendredi 11 mai |

Carrément à l'ouest (Un Certain regard)
de Jacques Doillon (France) avec Guillaume Saurrel, Lou Doillon, Caroline Ducey durée : 1h37
Petit dealer des rues parisiennes, Alex vient retrouver un de ses clients qui lui doit du fric, un jeune glandeur de la Sorbonne. Mécontent, Alex lui casse la gueule, chez lui, sous les yeux de sa copine, Fred (Lou Doillon). Celle-ci est attirée par Alex et le suit dans ses magouilles. Lorsqu'Alex rencontre Sylvia, jeune fille paumée et fragile qu'il entraîne dans une chambre d'hôtel, elle tente de jouer les entremetteuses. Avec ses personnages entre deux âges (ils ne sont plus ados mais pas vraiment adultes), Doillon explore la psychologie amoureuse, les doutes et les revirements de chacun, la complexité et la fragilité des sentiments qui naissent "on ne sait comment". Oeuvre centrée sur le langage, "Carrément à l'ouest" met en avant la richesse du parler "jeune", éruptif, drôle et éloquent sous la plume de Doillon. Texte et direction d'acteurs sont d'une grande acuité, et le cinéma de Doillon apparaît ici dans toute sa vitalité et sa singularité.
Grégoire Bénabent |
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La Femme qui boit (Semaine de la critique)
de Bernard Emond (Québec) avec Elise Guilbault, Luc Picard durée : 1h31
"La Femme qui boit" : à travers ce titre digne d'un débat chez Delarue, le programme s'annonce chargé. Et la destinée de Paulette, figure de pure déchéance, s'avère en effet riche en pathos. On la découvre ainsi en pensionnaire d'un mouroir où elle ressasse les souvenirs de sa douloureuse existence. Adolescente, elle se fait entretenir par un vieux politicien qui lui vole sa jeunesse. Des années plus tard, elle s'amourache d'une petite frappe violente, volage et alcoolique, avant de succomber elle-même aux délices du whisky. Enfin, mère indigne d'un gamin dépressif, elle provoquera l'incendie de son appartement et perdra à jamais la garde de son chérubin... Une série de tragédies filmées sans la moindre distance si ce n'est celle, claustrophobique, d'une mise en scène pénible et théâtrale. Prisonniers d'un huis-clos aux allures de sitcom misérabiliste, les acteurs peinent malgré tous leurs efforts à trouver le ton juste.
Yann Gonzalez |
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Kaïro (Un Certain regard)
de Kiyoshi Kurosawa (Japon) avec Harushiko Kato, Kumiko Aso, Koyuki durée : 1h57
Très en vogue au Japon, le film d'horreur a permis à Kiyoshi Kurosawa de connaître son plus grand succès public là-bas avec "Sweet home" (inédit en France). "Kaïro" signe le retour au genre pour ce cinéaste coqueluche des cinéphiles français depuis la sortie de Cure et Charisma l'an dernier. Le nouveau long métrage de Kurosawa est une histoire de fantômes qui surfe sur la vague de psychose autour des nouvelles technologies. Après les cassettes vidéos hantées de Ring réalisé par Hideo Nakata, voici les disquettes vérolées par de mystérieux spectres. "Kaïro" raconte en effet la tragique propagation d'un virus véhiculé par Internet qui condamnerait les hommes à errer en fantômes solitaires. Ce qui frappe d'emblée dans "Kaïro", c'est la beauté et la simplicité de ses effets spéciaux. En ancrant le fantastique dans une réalité presque quotidienne, Kurosawa crée un climat angoissant original où peu de détails finalement distinguent les fantômes des humains. En attendant la sortie du film prévue pour le 23 mai prochain, visitez l'excellent site officiel du film.
Elysabeth François |
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Sleepless (Marché du film)
de Dario Argento (Italie) avec avec Srefano Dionisi, Max Von Sydow, Chiara Caselli
Il n'y avait pas foule hier au Marché du Film pour assister à la projection de "Sleepless", le dernier opus en date de Dario Argento. Seulement une cinquantaine de curieux, distributeurs intrépides et fans éternels, espérant, fébriles et émus, le retour en grâce de leur maître à filmer. Une admiration sur la pente déclinante depuis une catastrophique version du Fantôme de l'Opéra. Et pourtant, "Sleepless" commence on ne peut mieux : une bimbo italienne poursuivie par un tueur sadique dans un train de nuit ; séquence d'emblée paroxystique où toutes les obsessions de Dario trouvent leur forme comme au bon vieux temps. Dédales de couloirs étroits, course angoissée de la future victime, visage rongé par la peur, occupation somptueusement perverse du champ filmique (les héroïnes d'Argento trouvent toujours le moyen de se faufiler dans les recoins les moins logiques, juste pour donner à voir les plus belles images possibles de la violence au travail).
Et puis, après ce meurtre sublime (et donc bouleversant), l'horreur. Plus rien. Ou plutôt une suite de scènes indigentes, une heure et demie d'enquête laborieuse, avec des acteurs en-dessous de tout, dont un Max Von Sydow qui semble perdu dans son rôle de commissaire à la retraite exposant ses théories à son perroquet (sic). Il y est question d'un nain serial-killer décédé 15 ans plus tôt mais apparemment décidé à accomplir une bonne petite vengeance d'outre-tombe (même si tout ceci n'est évidemment qu'un leurre). Ce qui donne l'occasion au cinéaste de s'adonner à un humour douteux à travers une séquence montrant tous les nains du quartier rassemblés au commissariat de police en vue d'une supposée confrontation avec des témoins. Sacré Dario ! Hormis deux ou trois vagues idées de mise en scène, "Sleepless" déroule son récit sans la moindre invention, nous laissant accablés devant tant de médiocrité satisfaite. Mio dio, où sont donc passés les héros de notre enfance ?
Yann Gonzalez
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