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Cannes 2007

Palmathon

[24.05.09]
Cannes 2008

Pas très classe, ce palmarès cannois. Du tout. Cérémonie un peu patraque, Resnais coupé dans son discours, Baer qui bourre et rame, ramdam annoncé sur la Palme, etc. Quoi qu'elle dise ou prétende, la présidente Huppert verra son palmarès entaché d'un affreux soupçon, pour rester poli : la voir remettre le bidule doré à son grand ami Michael Haneke, entendre celui-ci répliquer d'un « je te remercie » façon les pieds sous la table, les regarder tous deux s'embrasser longuement sur scène... c'était plus que gênant. Après la Palme manquée en 2001 pour La Pianiste, le duo Huppert-Haneke tient sa revanche, sur le mode « tu fais un film, je suis présidente du jury, et on va bien finir par choper le bibelot ». Du copinage, dans le cinéma ? Mais il est partout, il est la règle, chacun le sait. Là, c'est gros comme une maison (et d'après les rumeurs, couru d'avance, tant Huppert aurait d'emblée marqué son autorité), pas très glorieux, mais après tout c'est d'abord la faute du festival : entre Hupprésidente et Haneke, il fallait choisir. L'un ou l'autre. Car pas question de prétendre que la présidente a choisi l'heureux élu uniquement par esprit de franche camaraderie. Sans doute aime-t-elle vraiment le film (qui n'est pas un nanard), et celui-ci n'avait de toute façon pas à pâtir de sa présence à la tête du jury. Encore une fois, le festival est le premier coupable : il ne fallait pas inviter ces deux-là dans ces conditions-là.

Autre moment de gêne, le sort réservé à Alain Resnais, qui reçoit un horrible « prix exceptionnel », ou un truc dans le genre. Autrement dit, un prix du meilleur vieux. Visiblement le jury n'a pas aimé suffisamment le beau film du maître, Les Herbes folles, pour lui remettre un prix, mais se voyait mal laisser Resnais, dont ce serait le dernier opus, repartir bredouille. D'où cet enterrement en direct, qui nous laisse un sale goût dans la bouche, avec Baer qui ne comprend pas la requête du cinéaste (que tous les techniciens présents dans la salle se lèvent, quel que soit leur film) et demande bêtement à la salle d'applaudir les acteurs et les producteurs du film, et Resnais sommé de se taire et de se plier au rituel de la photo alors qu'il n'avait pas fini de parler. Heureusement, ses films non plus n'ont pas fini de nous parler.

Les acteurs : pas vu le Tarantino, donc pas de commentaires à propos de Christoph Waltz, que l'on dit très bon dans Inglorious basterds (petite gêne, encore : pourquoi remercie-t-il Brad Pitt de l'avoir « autorisé » à être son partenaire ? Faut-il demander la permission ?). Charlotte Gainsbourg : actrice aimée, dommage qu'elle soit couronnée pour un caca-film signé Lars Von Trier, dommage que ce soit pour un rôle à performance. Le Grand Prix pour Un Prophète de Jacques Audiard, qui avait pourtant une belle tête de vainqueur : le cinéaste se dira sans doute, considérant le lauréat de la palme, que le gagnant moral, c'est lui. Et ce prix consolide sa position : celle du cinéaste français le plus coté d'aujourd'hui (notamment à l'étranger). On remarque juste que si Resnais avait remercié ses techniciens, Audiard, lui, s'est d'abord tourné vers tous ceux qui lui donnent du fric.

Les autres prix donnent l'impression que le jury a voulu en donner à tout le monde. Celui de la mise en scène pour Kinatay de Brillante Mendoza ne s'imposait pas : c'est la caution « radicale » du jury ; celui du scénario pour Nuit d'ivresse printanière de Lou Ye (qui, on le rappelle, est officiellement interdit de tournage par le régime chinois depuis deux ans), pourquoi pas ; celui du jury ex-aequo pour Fish tank d'Andrea Arnold (pas vu, mais échos pas mauvais) et Thirst de ce charlot de Park Chan-wook consolide ce sentiment que ce jury ne savait peut-être pas très bien ce qu'il voulait.

Un petit regret : rien pour le beau film de Suleiman, The Time that remains. Un énorme : Marco Bellocchio a été complètement ignoré par le palmarès, alors qu'il a offert au festival un chef-d'œuvre (le seul cette année), Vincere. Ça n'est pas une surprise. L'Italien n'aura sans doute jamais la reconnaissance qu'il mérite.

Mais Cannes, c'est d'abord ça : un palmarès gravé dans le marbre, mais qui ne reflète après tout que l'opinion et les débats d'une grappe de combien ? 9 personnes.

Le Palmarès :

Palme d'Or : Le Ruban blanc, Michael Haneke (Autriche) : On en a déjà parlé. Le film n'est certes pas une purge, mais c'est un peu une punition quand même. Sur le vieux refrain « nazi un jour, nazi toujours », c'est une sorte de whodunit janséniste qui aurait gagné à être habité par, disons pour aller vite, une autre-idée-du-cinéma. Je préfère OSS 117.

Grand Prix : Un Prophète, Jacques Audiard (France) : Rattrapage dominical 1 : je serais moins dur que Jérôme à son encontre. Ce n'est pas un cinéma qui me passionne, du tout, mais le film est dans son genre réussi. Un peu lourdaud, certes, dans son volontarisme et dans sa manière de chercher à créer du mythe (Tony Montana + Jésus).

Prix exceptionnel ou un truc dans le genre : Les Herbes folles, Alain Resnais (France). Triste.

Prix du jury : Fish tank, Andréa Arnold (Grande-Bretagne) & Thirst, Park Chan-wook (Corée)

Prix de la mise en scène : Kinatay, Brillante Mendoza (Philippines). Dispensable. Ce n'est pas un film de mise en scène.

Prix du scénario : Nuit d'ivresse printanière, Lou Ye (Chine). Pourquoi pas, même si le film a quelques problèmes de scénario.

Prix d'interprétation masculine : Christoph Waltz, pour Inglorious basterds de Quentin Tarantino.

Prix d'interprétation féminine : Charlotte Gainsbourg, pour Antichrist de Lars Von Trier. Rattrapage dominical 2 : un film crétin, comme tous les films wannabe « le film qui a choqué la croisette ». LVT est parfois habile (parfois nul aussi) pour fabriquer des petits tableaux, des plans inertes dignes d'agences de pub, mais on ne fait pas un film pour montrer ses dessins. Surtout en l'assaisonnant d'un discours (sur les femmes) aussi demeuré, qui de toute façon n'est qu'un prétexte pour montrer Charlotte Gainsbourg se couper le clitoris aux ciseaux et Willem Dafoe éjaculer du sang (ouah, trop rebelle le film). Rien de plus insupportable et nul, de toute façon, que les « films controversés », à partir du moment où ils sont fabriqués dans cet esprit. Resnais est plus libre, plus rebelle, plus subversif que tous les Lars Von Trier, Park Chan-wook et autres Gaspar Noé réunis.

Caméra d'or : Warwick Thornton pour Samson et Delilah. Pas vu. Bravo à « bip » qui, ayant vu le film il y a quelques mois en Australie avait prédit qu'il obtiendrait la golden camera. C'est un prophète.

Voilà, c'est tout et c'est pas grand chose. Demain, 7h07, TGV. Salut.

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Chro #55