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[23.05.09]

On le connait ce crépuscule, cette lumière basse et orangée qui, là, tout de suite, s'infiltre dans une salle de presse à demi vide, rasant les claviers où plus personne ne s'active. On le connait, c'était le même l'an dernier, le même jour à la même heure, il rend un peu triste, il veut dire : ça y est, c'est fini. Dernière apparition en salle de presse, au bout d'une ultime journée de projection. Deux films, plus ou moins vus puisque j'y ai beaucoup dormi. D'abord, celui de João Pedro Rodrigues, Mourir comme un homme. Jean-Philippe en parlait hier, je n'y reviens pas. Pas sûr d'être tout à fait emballé, cela dit, par ce mélo queer, certes sensible et tout, mais sans grande intensité, un peu convenu par moments. Beaucoup dormi cela dit, je m'en remets donc à la pirouette convoquée en pareil cas, et qui est un peu le running-gag journalistique du festival : il-faudra-le-revoir. Dormi aussi devant J'ai tué ma mère, premier film québécois sélectionné à la Quinzaine, et repris aujourd'hui parce qu'il a gagné je ne sais pas quel prix. Il y avait un certain buzz autour du film, dû à l'âge précoce de son réalisateur, qui a tout juste 19 ans. Ça ne passe pas inaperçu, le film (qui raconte, en gros, l'histoire d'un adolescent qui hait sa mère, l'histoire de leur relation, sur un mode comico-sentimental) est très vert, avec sa citation d'Albert Cohen, ses nombreuses afféteries (un plan récurrent, au ralenti, collant au train des personnages façon Elephant, monté sur un décalque de la musique d'In the mood for love), son côté bon élève. Il mérite une bonne note, des encouragements, c'est un peu ce qu'on se dit, mais pour le reste, c'est quand même très limité. On en reparlera bientôt, de toute façon, puisqu'il sort en salles courant juillet.
On a vu hier soir, pour la dernière fois, les frères Safdie, Benny et Josh, les auteurs new-yorkais de Go get some rosemary. On a l'impression de les avoir croisés tous les jours, les frangins, et d'ailleurs c'est à peu près ça, depuis la projection du film et la fête sympa comme tout donnée en son honneur samedi dernier. On gardera un souvenir ému des deux frères tout sourire et, dans leurs parages, de leurs petits doubles papillonnant autour de la piscine, les deux mômes qui, dans le film, jouent plus ou moins leur rôle (puisque Go get some rosemary est en partie autobiographique, qu'il raconte l'enfance de Benny et Josh, dresse un portrait de leur père) et se révèlent être, en vrai, les enfants de Lee Ranaldo qui était là lui aussi. L'enthousiasme des frères semble ne s'être pas tari de tout le festival, hier Benny parait du film de Luc Moullet en ouvrant grand les yeux, racontait que son père avait finalement vu Go get some rosemary avec beaucoup d'émotion dans la voix. Rudement sympas, les frères Safdie, et d'ailleurs il y a presque un malentendu autour du film, qui serait sympa lui aussi, mais ne serait que ça, un film sympa - il a été plutôt bien reçu, mais sans plus, vite oublié et accueilli souvent avec une forme de condescendance, qui consiste à n'y voir qu'un exercice réussi dans le genre indé new-yorkais, un simple archétype en somme. C'est injuste : le film est fort, il y a plus à en dire. Il tient moins de l'exercice, justement, que The Pleasure of being robbed, parce qu'il s'arrime à un sujet plus fort, creusé plus loin, franchement bouleversant par moments. Il y a plus à en dire, donc, ce qu'on fera au moment de la sortie. Pour l'heure, rendez-vous demain pour, si j'en trouve le courage dans le train du retour, un mini bilan des choses vues.