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[24.05.08]

Jour 11. La nuit prochaine, on verra ça pour la dernière fois, et y songer fait un petit pincement : au petit matin, en rentrant des fêtes, le ballet des employés municipaux dont les jets d'eau serpentent sur la chaussée entre les ultimes survivants, boutant les dernières empreintes de la veille, avalées par les caniveaux de la Croisette. Onze jours déjà qu'une journée chasse l'autre, dans le flot des canons à eau. Demain, c'est le Festival tout entier qu'on va rincer, pour de bon. 19h00 : TGV, arrivée Paris-Lyon 0h20, gueule de bois qui s'annonce longue, longue, longue.
Ici, à côté du point presse, c'est moche : Wenders, look improbable (photo), monte les marches sous la pluie et avec Martin Solveigh à fond les ballons. Merci à lui en tout cas pour les beaux fous rires offerts par son Palermo shooting, vu hier soir. Ce n'est pas qu'on doutait de sa ringardise terminale, ni de sa capacité à se réinventer en la matière, mais là, c'est au-delà de toutes les espérances. Le film, qui visuellement chasse sur les terres d'une fiction TV M6, suit un photographe de mode teuton, genre noyé dans le contemporain, les images, la vitesse, tout ça, lequel, perdant un peu prise avec la réalité réelle et la vérité vraie, s'envole pour Palerme afin de rencontrer la Faucheuse en personne, personnifiée par Dennis Hopper en costard blanc et talqué à mort. Hilarité générale, donc, et, il faut le reconnaître, c'était difficile de se retenir - le film est une longue montée en puissance de dialogues ringardissimes prononcés avec un sérieux papal, jusqu'au clou final, la rencontre avec Hopper palabrant sur la vie, la mort, les images, on en a eu mal au ventre. Le meilleur, pourtant, était à venir : le film se clôt sur ce carton, impayable : « To Ingmar and Michaelangelo ». Une question sérieuse, quand même : quel genre de chantage Wenders a-t-il bien pu faire à Thierry Frémeaux pour voir sélectionner pareil nanar ?
Rattrapé ce matin le film de Sorrentino, Il divo, fresque du monde politique italien des 90's à travers le portrait de Giulio Andreotti, Président du Conseil et ministre mis en examen il y a quelques années pour de supposées accointances avec la mafia. Le film est à la fois insupportable et impressionnant. Insupportable pour sa frime absolue, l'absolue prééminence du style, qui écrase tout, insupportable parce que c'est surfilmé, surmonté, qu'on n'y comprend généralement rien, insupportable parce que le film est l'archétype du cinéma de pubard post-Fincher et qu'en règle générale, ce cinéma-là, cinéma de l'orgasme permanent qui ne connaît pas le désir, cinéma du climax toutes les 2 minutes sans qu'on soit capable de distinguer les enjeux, démonstration perpétuelle de virtuosité vaine, ce cinéma ne m'inspire généralement pas beaucoup plus que de fortes migraines. En même temps, il faut être honnête, dans le genre, c'est assez impressionnant, Sorrentino est un petit-maître formaliste en pleine possession de ses moyens, le film a son rythme et dans l'épate pure, ça fait souvent mouche.
C'est con, j'ai loupé le Cantet, qui a reçu semble-t-il un accueil plus que favorable, notamment par la presse et les acheteurs étrangers, ce qui n'était pas gagné vu le sujet. La projection était à 8h30 ce matin, les hommes au jet d'eau venaient juste de me souhaiter bonne nuit.
[24.05.08]

Ça y est, on remballe. Fin d'un festival qui fut, de l'avis général et du mien, en demi-teinte - pour les films et pour le reste. Hier, ce fut apocalyptique. 14h00, courts métrages de la Quinzaine : je vois le premier film (celui, joli, léger, de Valérie Donzelli, avec un Serge Bozon en sous-pull bleu qui éternue sur les bancs publics, victime d'allergies), je m'endors ensuite, pas grave, j'en attendais qu'un, The Tale of puppet boy, un film suédois en pâte à modeler dont on m'avait dit le plus grand bien. Je ne le verrai finalement pas, puisqu'il devait passer en dernier durant cette séance, et que je devais partir pour la projection du Eric Khoo en compétition. Je voulais le voir aussi pour rendre hommage au stagiaire du Swedish Film Institute qui depuis des jours se balade partout, et jusqu'à pas d'heure, dans le costume en papier mâché de Puppet boy, le pauvre, déguisé en gros bonhomme en culotte verte, il a dû en baver. Il fallait le voir, sur les coups de 2 heures du matin, allongé de tout son long dans le hall d'un grand hôtel, avec le réalisateur du film qui lui donnait à boire via une sorte de tube à perfusion, à travers son costume. Mais il survit, puisque une heure et demi plus tard on le voyait encore tituber ici ou là.
Bref, le Eric Khoo, My Magic. Plutôt bien, mais un peu décevant. Un film court, 1h15, ténu, une trame de mélo avec un personnage ahurissant d'obèse magicien à chevelure de comète noire, sculptée aux bigoudis de charbon, à la respiration lourde, au souffle court, à la mâchoire d'acier (il mange des verres de whisky, après les avoir vidés). Il y a quand même quelque chose d'incroyable dans ce film, cette image, ces couleurs et ce son des dialogues qui donnent un effet rétro fulgurant : un mélo de l'ancien temps, ou d'un temps qui ne bouge jamais. Précision : j'ai lutté contre le sommeil tout au long du film, et quelques fois, par tranches d'une minute ou deux, j'ai perdu.
Dernière projection de la journée, clôture de la quinzaine : The Pleasure of being robbed de Josh Safdie (photo), précédé du court-métrage de son frère Benny, The Acquaintances of a lonely John. Le court est très bien, j'aime beaucoup. Le long me plait beaucoup, du moins au début puisque ensuite, devinez quoi, je m'endors. Et me réveille, et ça me plait encore, encore plus, une visite au zoo, une baignade avec un ours polaire. Problème, c'est le dernier quart d'heure du film, qui en fait à peine cinq. Il faudra le rattraper. La semaine prochaine à Paris, où la Quinzaine sera intégralement reprise ? Oui, on se verra là-bas. Et merci à Benny & Josh, deux garçons formidables, l'un barbu en short, l'autre à lunettes de premier de la classe.
Encore un mot, ou plutôt deux.
D'abord la joie de retrouver, quatre ans après l'adoré La Gueule que tu mérites, le Portugais Miguel Gomes, sur la Croisette pour son deuxième long, très bon, Ce Cher mois d'août. Ce qui serait bien, c'est que Gomes fasse ce qu'au fond il devrait faire : un film sur Rui Costa de 5 heures et qui s'appellerait Rui (à la manière du Che de Soderbergh, qui n'est pas bon, mais pas nul pour autant, soit dit en passant), en hommage au prince de Benfica qui fit ses adieux il y a quelques semaines, dans un stade en larmes car ce fut, d'après Miguel Gomes, le plus beau film de l'année, sirkien à mort.
Un autre mot sur le Atom Egoyan, Adoration. Qui est mort dès le deuxième plan, vous verrez. Tout au long de la projection, se demander « mais qu'est-ce que c'est que ce machin ? De quoi on me parle ? Comment peut-on faire un film pareil ? ». C'est usant. Quelle purge ! J'ai réussi à dormir un peu et rêver, allez savoir pourquoi, de Denis Fabre (à cause d'Arsinée Khanjian ?).
Je n'ai pas vu assez de films pour tenter un palmarès. Alors je mélange tout, toutes les sections, pour dresser un vague top, tout petit, que voici.
1. Tokyo sonata de Kiyohsi Kurosawa / Two lovers de James Gray
3. Ce Cher mois d'août de Miguel Gomes / Le Chant des oiseaux d'Albert Serra / Valse avec Bashir d'Ari Folman
6. Le peu que j'ai vu des films de la fratrie Safdie / Dernier maquis de Rabah Ameur-Zaimeche
L'an dernier, j'avais tenté un top 3 des meilleures répliques. Cette année, pas de quoi remplir sa besace. Est-ce que celle-ci, tirée d'Eldorado de Bouli Lanners (Quinzaine), pourrait faire l'affaire ? Situation : c'est la fin d'un road-movie, l'un des deux personnages tente de faire le bilan :
(après un temps de réflexion) Tu vas faire quoi, maintenant ?
(sérieusement) Ben là, je vais voir si mes chaussettes sont sèches, et pis si elles sont
sèches, ben je vais les mettre.
Je voulais dire : dans la vie en général.
La vie en général : on en est tous là.