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Blog Ere de rien
Cannes 2007

Besson chez Garrel, Sid Vicious chez Ferrara

[23.05.08]
Cannes 2008

Jour 10. D'abord, toutes nos excuses à P.Diddy, pour n'avoir pas trouvé le temps de le rejoindre sur le yacht où nous fûmes conviés, hier, par un sympathique milliardaire tchétchène. Sorry P., mais la fête énorme donnée pour le film de Garrel à la villa de Mai était trop chouette, on n'a pas eu le coeur de déserter. A ce propos, une anecdote résume à la perfection le brouet coloré et un peu invraisemblable en quoi consiste Cannes : hier, donc, à la fête Garrel, on a croisé Luc Besson.

Quelles sont ces lumières, d'où viennent ces images qui s'agitent sur les écrans de la salle Debussy tandis que nous nous efforçons de garder les yeux ouverts ? On ne sait plus trop, les films s'enchainent, on en a trop vu, et on est de moins en moins foutu de savoir ce qu'on en pense. Je ferai court aujourd'hui, pour cette raison et surtout parce que, tiens, quelle surprise, le temps presse : projo du Wenders dans moins d'une heure.

Un petit mot d'abord pour un film ami par nature, après celui de Yann (Je vous hais petites filles), puisqu'il s'agit du premier court du dénommé Jean-Sébastien Chauvin, plume ici-même et en charge de ce blog l'année dernière. Le film s'appelle Les Filles de feu, et, il faut bien en convenir, c'est un film incandescent. Un film qui a bousculé un peu les spectateurs venus hier après-midi à la séance de moyen métrages français de la Semaine de la Critique, puisqu'il venait clore une série platounette, pour ne pas dire fémisarde. Disons, pour faire vite, qu'il y a dans le film de J-S deux filles, une perte, une poursuite, un orgasme très sonore (ou est-ce un cri pur et simple ?), le soleil qui revient, du feu, et le vent qui recouvre. Disons aussi que c'est souvent très beau (une séquence de baiser de part et d'autre d'une vitre qui est aussi une belle entreprise de défiguration), et arrêtons-nous là avant d'être accusé de servir la soupe à ceux-là même qui, ici, la font.

Vu ce matin Chelsea on the rocks (photo), le doc de Ferrara présenté hors compét'. Doc initié alors que Stanley Bard (gérant depuis 1946 du mythique Chelsea Hotel, à New York, dont les trois-quarts de la contre-culture du siècle firent leur résidence principale à un moment ou à un autre) est en train de se faire dégager et que les lieux sont menacés d'être transformés en hôtel de luxe. De loin, le plus beau générique du Festival : Denis Hopper (qu'on va retrouver dans le Wenders, là, tout à l'heure), Robert Crumb, Janis Joplin, Sid Vicious, Burroughs… Ferrara, qui lui-même, vit dans ces murs, alterne interviews dispensant une série de récits géniaux (les trois-quarts, on s'en serait douté, tournent autour de la came), archives rares (un dialogue Burroughs / Warhol), et, plus étonnant, des reconstitutions de moments mythiques abrités par les lieux, parmi lesquels la mort fameuse de Nancy Spungen, dans la salle de bain de la chambre 100, un couteau dans le ventre tandis que Sid comatait dans la piaule à côté. Les reconstitutions sont un peu cheap (l'épisode Sid / Nancy est à la limite de la tele novela), en même temps c'est aussi la marque Ferra, et dans l'ensemble le film est plutôt bien, sorte de memento mori destroy réglé par les « holy shit ! » caverneux de Ferrara derrière la caméra, pendant que ses interviewés font le récit de quelques overdoses passées à la postérité des lieux.

Un dernier mot, très, très vite, sur le Eric Khoo, My magic, dont je sors tout juste. J'avais tout bonnement loupé Be with me, entendu mille fois que c'était génial. Celui-ci est assez touchant (en deux mots : un père obèse, alcoolo et ancien magicien qui élève seul son fils dans la misère, se sacrifie pour garantir au môme le financement de ses études), mignon comme tout, parfois assez inspiré (le rôle du père, ex-magicien, est assez beau), mais finalement très léger, à la limite de l'indigence, aimable, mais sans plus. Proposition pour aider à la titraille de nos amis de Libé demain : « un Khoo pour rien ». A demain.

Jérôme Momcilovic

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Chro #45