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[14.05.08]

Voilà, c'est commencé. 19h12, premier post de Cannes, tapé sur un qwerty depuis le point presse, au milieu de journalistes de tous les pays qui pianotent en échos, et tandis que les gentils organisateurs, un peu largués mais encore souriants, essaient tant bien que mal de garder un oeil sur le LCD géant qui retransmet la montée des marches au-dessus de leur pupitre. La dite-montée, en chair et en os, a lieu 50 mètres derrière nous, la rumeur parvient jusqu'ici en même temps que la voix du speaker à l'arrivée du jury, façon harangue de kermesse campagnarde. C'est commencé, donc. En fait, ça avait commencé Gare de Lyon, 8h04, au départ du train rempli à ras de têtes plus ou moins connus de confrères. Dans la file d'attente du wagon resto, premières bribes de dialogues affolés et absurdes, typiques du chaos cannois, des journalistes ou attachés de presse, déjà flippés, pendus à leur portable : « Mais non, je te dis, cette année Pénélope ne vient pas avec sa mère, juste son agent américain, son agent espagnol et sa maquilleuse… ». Cannes, c'est aussi ça, une espèce de gigantesque colonie de vacances pour les petites fourmis du cinéma et de la presse, habituées à se croiser à l'ombre des salles de projo parisiennes et autorisées, pendant dix jours, à se voir en plein jour, au soleil, Ray-Bans en serre-tête. Dans dix jours, tout ce petit monde repartira lessivé.
D'ici là, des films à voir. Pour faire vite et pour inaugurer ce blog : qu'est-ce qui fait envie cette année, qu'est-ce qui tente moins, qu'est-ce qui indiffère a priori ? Les valeurs sûres qui font envie : Eastwood, forcément, Gray, Garrel, Zhang-ke, Ferrara, les Dardenne… Les habitués dont, franchement, on se fout un peu : Egoyan, Wenders… Les nouveaux films de cinéastes jeunes et aimés, souvent défendus dans ces colonnes : Albert Serra (Honor de cavalleria), Kelly Reichardt (Old joy), Miguel Gomes (La Gueule que tu mérites - pas vu pour ma part, mais Jean-Philippe, je crois, avait adoré) ; et surtout : Rabah Ameur-Zaimeche, cinéaste plus que précieux, qui présente à la Quinzaine son troisième film après le fulgurant Bled number one. Les films qui attisent la curiosité mais inspirent un minimum de méfiance : le Cantet, le Charlie Kaufman, le Bonello, le doc de Kusturica sur Maradona. La récré, enfin : Indiana Jones (mauvais pressentiment, cela dit) et le Woody Allen. Hormis tout ça, un premier film vu, dont je sors à l'instant, un film que j'aurais a priori rangé dans la catégorie curiosité / méfiance - plutôt méfiance d'ailleurs : Blindness, de Fernando Meirelles (La Cité de dieu, The Constant gardener), qui fait l'ouverture officielle ce soir. Pas bien. On en reparle demain.