ok | aide

FORUM

Cinéma, Musique, Jeux vidéo, Livres, BD... discutez de l'actu sur les Forums Chro tout de suite maintenant. A vous.

Blog Ere de rien
Cannes 2007

Où est (passé) le mauvais goût ? : bilan à mi-parcours

[25.05.07]
Cannes 2007

Où est le mauvais goût ? C'est, en substance, la question que je me posais en quittant mardi le Festival par son milieu, question qui me taraude surtout depuis une rafraîchissante leçon de cinéma par John Waters entr'aperçue au Marché du film. Comme ça, ça a l'air facile : du défilé réglé des gros machins tannés-peroxydés-saucissonnés en Balenciaga à celui concomitant des kékés locaux, un début de réponse devrait se trouver sur la Croisette. Mais justement, depuis que le mauvais goût est partout, on ne le trouve plus nulle part. C'est ce que je me disais, donc, en voyant Waters évoquer les grandes heures de Divine, starlette ultime, son élégance infinie quand il le / la surprenait en pleine session shopping sur Hollywood Boulevard, un poste de télé dans une main, une tronçonneuse dans l'autre… Et je me disais que ce mauvais goût, salvateur, infiniment créatif, nécessaire, ce mauvais goût-là, donc, maintenant que la junk culture monte les marches en smok (ici, Tarantino en compét avec un hommage très littéral au bis ; là, la traditionnelle baudruche trash qui fait pschitt : cette année, les zoophiles à la Quinzaine), on peine de plus en plus à en trouver la trace. D'abord parce que, justement, le mauvais goût contre-culturel semble un peu exsangue, à être toujours plus phagocyté par une culture officielle qui s'en décore comme d'un alibi à peu de frais pour tromper son ennui mortel. Aussi parce que, parallèlement, et parfois sur le même terrain, l'infamie du bon goût officiel, le pire de tous, n'est jamais loin et menace même des auteurs qu'on tient pourtant en grande estime (on y revient). Bon goût, mauvais goût, mauvais bon goût et bon mauvais goût : à toutes fins utiles, petit bréviaire à la mi-temps du festival.

(Trop de) bon goût : Le Honoré (Les Chansons d'amour) est exemplaire de cette définition, la pire, du bon goût. Bon goût dans un deux pièces à Strasbourg-Saint Denis, agnès b. dans la penderie et Delerm dans le iPod. Le bon goût poli et barbiturique comme cache-misère, presque comme excuse (l'ennuyeuse élégance de Louis Garrel, etc.). On est presque déçu, en sortant de la projection, que rien ici ne soit authentiquement atroce, qu'aucune séquence ne prête vraiment le flan à l'énervement où nous jette habituellement ce cinéma-là. Parce qu'Honoré sait faire (Jean-Sébastien n'a pas tort de rapprocher, toutes proportions gardées, son obsession nécrophile de la Nouvelle Vague et la démarche de Tarantino), et que le film parvient à être plaisant en dépit de ses atroces chansons bobeaufs et de son fatiguant décorum Nouvelle Vague. « T'as vu le Honoré ? / Oui, pas mal / Pas mal, oui. On va bouffer ? ». Voilà à peu près l'adoubement poli qu'a suscité le film chez une bonne part des festivaliers, et, en effet, on ne voit pas trop qu'en dire de plus. Paranoïd park, maintenant. Bien sûr, le vrai mauvais goût, c'est de le ranger ici dans le même paragraphe que le Honoré. Surtout, difficile d'évaluer un tel film à 8h pétantes, après des nuits réduites à peau de chagrin (et même si le film se coule avec une grâce certaine dans ce type de demi-éveil cotonneux). Bien sûr, c'est très beau, et des cinéastes de cette trempe sont trop rares pour se permettre de les éreinter pour de mauvaises raisons. Pourtant, et même s'il faudra le revoir, il y a quelque chose dans cette absolue perfection formelle qui, je crois, me barbe un peu depuis déjà deux ou trois films chez GVS, et trouve ici son hapax. Une manière de bon goût persistant justement, mais pas au sens évoqué pour le Honoré (rien à voir entre les expérimentations arty de GVS et le bon goût trouillard de l'autre). N'empêche, la tentation décorative, me semble-t-il, est bien là, sur l'épaule de chaque plan qu'elle menace de glaciation (la scène de la douche est exemplaire, quoique bel et bien sublime). Bref, il faudra le revoir sans dormir.

Bon goût (élémentaire) : cette caissière du Champion d'à côté de la rue d'Antibes, visiblement excédée, trois jours seulement après le lancement des hostilités, par le barnum annuel des festivaliers, et qui hurle : « Mais y commencent à nous faire vraiment chier avec leur festival de merde... ». Courage. N'empêche, à la vision d'un Beigbeder affalé sur les canapés du Baron entre le clan Partouche et une poignée de blondasses interchangeables, on lui donnerait presque raison, à la caissière du Champion.

Mauvais goût (du public) : l' « affaire »; Gegenüber, revenons-y. Le film, d'abord, est plutôt (très) bien, au moins a-t-il un peu relevé le niveau d'autres films très accessoires de la Quinzaine (Garage ou Savage grace, par exemple). Tout y évoque Fassbinder, évidemment, surtout Pourquoi M. R est-il atteint de folie meurtrière ? pour ma part, même effroi immobile, même sécheresse absolue des enjeux et même impossibilité d'en rire franchement alors que tout y invite. Le public, maintenant. Le plus con du monde, certes. Pour s'en convaincre, il y a plus simple que le double exemple Gegenüber / Mang Shan (cf. le post de Jean-Philippe du 22). Il suffisait de le voir rire aux éclats aux morceaux les plus sordides et putassiers de Import / export, le film d'Ulrich Seidl (c'est sûr, un gros autrichien la bite à l'air qui oblige une pute ukrainienne à aboyer, tandis que des corps grabataires et dénudés gargouillent sur les lits glauques d'un hospice de seconde zone, il y a de quoi se poiler). Pour autant, on a le droit de trouver un peu faux-derche l'accablement coquet de Jan Bonny au sortir de la salle et après la dite-réaction. Parce qu'au retour de bâton narratif (le corps asthénique du gentil mari qui, après avoir eu son compte, finit par coller un marron à son épouse fouettarde), en répond un autre, auquel se condamne le film, pas complètement dénué de cynisme, et pas toujours très adroit dans sa danse funambule entre un accablement très teuton et un certain brio comique. Un sens très aiguisé du détail absurde, notamment, qui fait souvent mouche (entre autres : le type rentre chez lui et trouve sa femme accouplée avec son collègue ; il ne réagit pas plus que d'habitude, sort de l'appart en silence tandis que sa femme le supplie en hurlant de réagir et met l'autre à la porte ; il s'assoit, l'oeil vide, sur les marches à côté puis on entend, hors-champ, la voix de l'amant qui se fend d'un gentil et pathétique « au-revoir » sur le perron). De ce négoce avec le comique pure, le film tire sa force en même temps qu'il y trouve son principal écueil. Ou pas : outre que, certes, il n'est jamais plaisant de se rappeler combien le public a soif de catharsis bête façon jeux du cirque (c'est sûr, ce public-là est mûr pour le retour du revenge movie), je ne suis pas convaincu que ces rires soient à exclure totalement de la démarche même du film et de son efficacité propre. Pour ma part, je suis peut-être le seul, mais Pourquoi M. R ? (que j'aime infiniment) me fait aussi beaucoup marrer.

Le mauvais goût (n'est plus ce qu'il était) : on pouvait presque avoir un peu de peine au spectacle du peu de fascination exercé dans les fêtes par Yasmine, star du porno reconvertie dans le film de Danielle Arbid, Un Homme perdu, vu à la Quinzaine (j'aime bien le film pour ma part, malgré, pour le coup, quelques atroces fautes de goût en chemin : tant qu'il reste taiseux, le film se tient bien, mais c'est la cata dès qu'on y parle). Les stars du porno échouées en terrain auteuriste, visiblement, ça n'émeut plus grand monde, et on peut bien le comprendre. D'ailleurs, qu'est-ce qui pourrait bien encore surprendre, maintenant que la trash culture a fait son lit dans tous les recoins de la sélection. Certainement pas la bébête copie misanthrope d'Ulrich Seidl (Import / export), ennuyeuse au possible et, d'une certaine manière, affreusement datée (qui pourrait bien encore s'émouvoir d'un aussi barbifiant empilement de plans bêtement dégueulasses, parfois rigolos mais surtout ineptes et affreusement sentencieux ?). Pas plus que Zoo, cette fameuse sensation zoophile de la Quinzaine. Attention, scandale : le doc de Robinson Devor évoque la passion d'une petite troupe de rednecks zoophiles, après la mort de l'un deux pour cause de copulation avec un étalon (c'est le colon qui a cédé). Au moins l'auteur ici n'a-t-il pas fait mystère de l'impuissance de son film, qu'il présentait en expliquant que le gros challenge avait consisté à lui trouver des images, puisque les entretiens avec les joyeux zoophiles, fatalement, avait dû se faire à visage couvert. Au résultat, donc, une bande sonore qui bégaie (les zoophiles radotent un peu, on n'apprend pas grand chose), habillée de plans décoratifs de reconstitution arty et généralement grotesques. Dommage (il y avait au moins une belle idée dans la façon qu'à la film de prendre au pied de la lettre l'argument des zoophiles : il s'agit bien là d'amour, nulle perversité dans la communion de ces corps rustiques avec ceux des purs-sangs qui, censément, étaient consentants), mais au final, beaucoup de bruit pour pas grand chose. Pareil pour Savage grace, premier film vu à la Quinzaine. En deux mots : une bourgeoisie oisive et fitzgeraldienne, Julianne Moore joue la mère (formidable, sans surprise), qui finit par coucher avec le fils (Stephen Dillane, révélation dans le genre éphèbe précieux, récré salvatrice loin de Louis Garrel). On nous l'avait chaudement recommandé : tu verras, il y a une scène d'inceste super bandante. Youpi. N'empêche que le reste du film bande plutôt mou , lui. Difficile, donc, de trouver ici un usage au moins un peu stimulant de ce qu'on n'ose même plus appeler les marges. A part le Tarantino évidemment (Boulevard de la mort). Pour ma part, je m'associe aux dithyrambes de Jean-Sébastien. Revoyant le film sous sa forme cannoise après l'avoir découvert dans sa version américaine, me frappe surtout le paradoxe apparent d'un Tarantino qui, dans le même temps, donne un dernier tour à son obsession maniériste (laquelle, du coup, se mue en fétichisme pur), et prouve au sein du même film qu'il est capable d'un geste de pur cinéaste quand il se libère de telles contraintes. C'est ce qui rend la fameuse séquence de poursuite finale, virtuose et libérée, infiniment plus passionnante que les grosses pièces montées d'action un peu vaines de Kill Bill. Et inutile de dire que là, le public déjà remonté par le film allemand, a pu se lâcher quand Kurt Russel se fait ratatiner par les tough chicks.

Le mauvais goût (c'était mieux avant). Un mot, donc, de The Filthy world, petit film autour de John Waters découvert au Marché. En soi, le film n'a absolument aucun intérêt, puisqu'il consiste en la captation pure et simple d'un stand-up de Waters. Mais, outre que Waters se révèle au moins 100 000 fois plus drôle que Gad Elmaleh, cette petit leçon de cinéma (il revient sur sa fascination pour William Castle et les archives gynécologiques, évoque ses premiers films...) invite à poser la question de la pérennité des vertus transgressives du mauvais goût. Il est amusant de voir Waters se lamenter de l'impuissance où est jetée aujourd'hui tel type de proposition (il raconte par exemple qu'à sa grande surprise, des touristes venaient se faire prendre en photo dans le décor scabreux de son récent A Dirty shame).

(Blaguer sur le 11-Septembre, est-ce du) mauvais goût ? A noter : ça y est, on commence à blaguer franchement avec le 11-Septembre. Toujours dans le film sur Waters, il y a cette réplique extraordinaire, qu'il emprunte à une bourgeoise new-yorkaise qu'il entendait commenter la garde-robe d'une copine : « J'adooore tes escarpins. Ils sont tellement 11-Septembre… ». Parallèlement, un autre moment assez drôle dans Gegenüber : le mari battu fait le tour du propriétaire chez un collègue flic, s'arrête devant un grand drapeau US, complimente l'autre qui, pas peu fier, commente : « Ouais, 11-Septembre, mec ».

Et pour finir... Il y a des films qui font mal à la descente du train (cf. Jean-Philippe sur My Bluberry nights), il y en a d'autres qu'on est triste de devoir quitter aux deux-tiers pour le reprendre dans l'autre sens, le train. Ainsi du Harmony Korine, Mister Lonely, présenté à Un Certain regard. Film attendu, en tout cas pour ma part (Gummo me semble toujours l'un des plus beaux films des années 90), forcément décevant donc. Même complètement raté, soyons honnête : je viens d'ailleurs de recevoir un message d'insulte de la part d'une amie à qui je le conseillais, laquelle m'en veut à mort et ne voit rien qui pourrait sauver le film. Ok, le film est raté au regard de son sujet, de toute façon casse-gueule, trop évident pour Korine (un sosie de Michael Jackson et un sosie de Marylin se rejoignent dans une espèce de camp de vacances de sosies où ils retrouvent un faux Chaplin - et ex-faux Keaton, joué par Denis Lavant - , un faux Lincoln, un faux Sammy Davis Junior…), raté au regard de ce qu'on attend de l'ex-enfant prodige, qui ressort tout juste d'une longue léthargie créative. Korine est incapable de conduire son récit, ce qui finalement n'a rien d'étonnant (Gummo n'était pas non plus un modèle de narration classique). Qu'en retenir, alors ? Précisément ce qui, ici, ressemble le plus à Gummo, ces petites bulles surréalistes où son récit indigent s'échappe, ces petits caprices de Korine, qui préfèrera toujours faire des images plutôt qu'un film. Surtout, Mister Lonely s'est révélé idéal pour clore ce demi-festival, pour en offrir un bilan un peu dégénéré puisqu'ici sont rejoués, tout à fait par hasard, des pans entiers d'autres films vus depuis le début, comme décalqués à même la trame foldingue de l'imaginaire de Korine. A cette amie qui m'en veut à mort, je dirais donc : 1- Que je préfère ces plans de petits vieux magnifiques saisis sur du R&B moite dans un hospice joyeux à leurs jumeaux gerbants dans l'hospice glauque du film de Seidl. 2- Que Samantha Morton est vraiment bien en sosie de Marylin, sûrement plus qu'en épouse de Ian Curtis dans Control. 3- Enfin, et surtout, qu'aux plans super 8 un peu ineptes des skaters de Gus Van Sant (quand bien même c'est Chris Doyle qui opère), je préfère le vol en chute libre d'une poigné de nonnes bleu électrique. Mais bon, c'est une question de (mauvais) goûts.

Jérôme Momcilovic

Avant d'oublier...

[25.05.07]

Tiens, qu'est-ce qu'il fait là Jean Nouvel ? Regarde, à la table d'à côté c'est Mickey Rourke, il a la même tête que dans Sin city, la chirurgie esthétique a fait son oeuvre. Le Festival de Cannes est certes l'occasion de voir des films, mais c'est aussi un moyen de croiser une série de personnages dont on ne saisit pas toujours quelle actualité les pousse à venir se montrer ici. Amour du cinéma ? Film au Marché ? Acte de présence comme auparavant la noblesse allait se montrer à l'opéra ? Tout ce cirque cannois peut aisément donner la nausée mais on ne peut s'empêcher d'éprouver, dans le même temps, une immense fascination puisqu'au fond tout cela n'est rien d'autre que le concentré d'un milieu (le cinéma) dont l'essence est généralement diluée le reste de l'année. Quelque chose de clinquant, vulgaire où tout le monde fait semblant de croire qu'il s'agit d'art quand il s'agit surtout d'argent et de notoriété. Au fond, on aurait tort de jouer les puritains. Cette débauche a quelque chose de baroque, collage invraisemblable d'extrême pauvreté et d'étalage de richesse, de cinéphilie hardcore et de nullité critique, d'esprit de sérieux et de j'menfoutisme ludique.

Au milieu de tout ça, les films sont parfois des objets extrêmement solitaires mais qui, lorsqu'ils touchent à l'épure, rincent nos yeux et nos esprits embrumés. C'était le cas hier du troisième et magnifique film de Jacques Nolot, Avant que j'oublie. Pourtant, ils sont rares ces films-là, puisque comme on le disait il y a quelques jours, ce qu'on y voit c'est surtout des films d'auteurs moyens, et que la place de ces films, ensuite, dans le champ des sorties hebdomadaires, est de plus en plus problématique (en France en tout cas ils peinent de plus en plus à trouver leur public). Un festival de cinéma, exemplairement Cannes, est l'occasion de se poser la question de leur statut. A l'ère YouTube, de Dailymotion (pour les formats courts) et des séries télé (pour cet alliage du très court et du très long), que signifie aller en salles voir un film dont la durée varie majoritairement d'1h30 à un peu plus de 2h00 ? Après plus d'une semaine de festival, on a le sentiment que, dans leur durée plus ou moins formatée, les films se contentaient de dérouler un programme, s'acheminant lentement vers leur conclusion, parce que ma foi, un film c'est une 1h30 ou plus, et voilà. Cet état de fait est bien la preuve que le cinéma, d'auteur ou pas, est une industrie. On peut penser aussi que ce format 1h30 / 2h00 est typiquement un format de salle et que la multiplication des possibilité d'exploitation va peut-être rendre ce format un peu caduc, eu égard aux nouveaux modes de consommation dont les ados sont friands.

Cela dit, le Nolot est bien la preuve, sur près de 1h47 que, quand les films trouvent leur durée naturelle dans une nécessité (nécessité esthétique, nécessité du récit), ils ont une évidence qui rend ces questionnement hors de propos. Le film de Jacques Nolot continue dans la veine plus ou moins autobiographique qui est celle du cinéaste depuis sont premier film, L'Arrière-pays. On y suit un personnage soixantenaire, interprété par Nolot lui-même, ancien gigolo et qui maintenant paye des jeunes hommes. Cette petite famille des gigolos homosexuels est décrit avec une trivialité et empêche tous les fantasmes. Dès la première séquence, Nolot saisi le spectateur alors qu'il se montre, nu et insomniaque, marcher dans son appartement, se faire un café. Le corps un peu désolé, le ventre rond, les stigmates du temps et du vieillissement, tout est là avec une sorte de cruauté naturelle quasiment rossellinienne. Tout le film est construit sur cette absence de fard, mais avec une espèce de tranquillité, de recul distingué si bien que souvent le film touche à la comédie dans des situations qui ne s'y prêtent pourtant pas toujours (la discussion autour du prix des gigolos entre lui et un ami du même âge, que certains ont identifié comme un cinéaste français bien connu). La séropositivité, les héritages de vieux « amants », la permutation des places (on est gigolo, on vieilli, on paye des jeunes, on hérite des anciens), la peur panique de ne plus pouvoir séduire, le spectre de la solitude et de l'assèchement du désir, tout cela est traité avec une économie de moyens (esthétiques mais aussi financiers) qui confine parfois à de simple et beaux champ-contrechamp, à de longs plans fixes ou à de lents panoramiques bougeant au gré des déplacement du héros dans son appartement (et on sait combien le panoramique est un moyen de pauvre : moins coûteux qu'un travelling par exemple !). Surtout, on trouve une idée de mise en scène à chaque plan, ce qui n'a pas toujours été monnaie courante ici, comme lors de cette séquence où Nolot prend ses médicaments alors que les informations télévisées débitent leurs flots de cataclysmes sociaux et politiques, ou de la dernière et magnifique séquence. Un art modeste mais parfaitement maîtrisé, dont la teneur réaliste n'empêche jamais de montrer, par la bande, la mort au travail comme la joie de vivre. Un film précieux, peut-être le plus beau film français du festival.

Jean-Sébastien Chauvin

D
L
M
M
J
V
S
Chro #35