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Blog Ere de rien
Cannes 2007

Zodiac et Roumanie

[18.05.07]
Cannes 2007

Au fil des discussions, les avis sur My Blueberry nights oscillent entre l'agacement cinglant (cf. l'opinion de Jean-Philippe) et une déception plus ouatée, mais je n'ai encore trouvé personne pour défendre ardemment le film. Tout le monde est à peu près d'accord pour stigmatiser la relative faiblesse du film au regard de l'ensemble de œuvre de Wong Kar-wai. La critique qui revient le plus souvent est celle d'une prétendue bêtise du film, de son insondable mièvrerie, ce qui d'ailleurs n'est pas faux (pour la mièvrerie). Mais il faut alors être honnête et reconnaître que Chungking express fonctionnait sur la même mièvrerie, pas très loin d'une formule du type " la vie c'est comme une boite d'ananas ". La nuance (de taille peut-être), c'est que Chungking express avait pour lui une énergie et une jeunesse qui fait défaut à My Blueberry nights. Comme tout ici est ralenti, sans doute que ce qui apparaissait comme une farandole virtuose de signes, prend des allures de formules sentencieuses et creuses déversées dans des bars (paroles d'ivrognes ?). On ne peut pas donner entièrement tort aux plus virulents détracteurs du film, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils exagèrent. C'est comme ça, je suis foncièrement " légaliste " et fidèle, raison pour laquelle je ne peux pas accabler le film de tous les mots.

Sinon vu Zodiac ce matin. Sans être le grand film annoncé par certain, Zodiac est de loin le meilleur film de Fincher. Sur la durée, il dégage une sorte de tristesse tenace, une poisse diffuse jamais vraiment assignable à un élément précis mais plutôt à un climat général assez dépressif. Le cinéma de Fincher est devenu plus subtil qu'avant (il est loin le temps de Seven et de son insupportable et sursignifiante pluie) et semble avoir abandonné sa roublardise formelle pour une sorte de classicisme sobre, presque un peu en retrait (très belle photo aux couleurs mates et délavée). Le film distille même un certain ennui pas forcément improductif, une impression de piétinement qui est pour beaucoup dans la torpeur molle qui semble toucher les personnages en dépit de leur acharnement à trouver le serial killer, le fameux Zodiac du titre.

Sinon, vu hier 4 mois, 3 semaines, deux jours, troisième film d'un cinéaste roumain dénommé Christian Mungiu. Le film (en Compétition officielle) suit une étudiante aidant une amie à se faire avorter en contrebande (on est en 1987, date à laquelle l'avortement est interdit en Roumanie) dans de longs plans assez virtuoses. La Roumanie est en passe de devenir le pays du plan-séquence si on en croit le nombre de films roumains (cf. La Mort de Dante Lazarescu) qui chaque année font un usage jusqu'à satiété de ces durées insécables. Le plan d'ouverture est, à ce titre, significatif : il commence sur un aquarium et recule peu à peu, à la faveur d'une entrée de champ (d'une main, d'une jambe, d'un personnage) pour nous situer dans la chambre d'un foyer d'étudiante où les deux protagonistes nous sont présentées. Il y a pourtant quelque chose de déjà un peu compassé dans ces plans qui s'inscrivent quand même dans une certaine orthodoxie du cinéma d'auteur, voir même un je-ne-sais-quoi de petit malin. A mon sens, le film affiche avec un peu trop d'ostentation sa virtuosité et cela se joue, il me semble, au détriment des personnages que le cinéaste peine à rendre attachants (et ce même si la comédienne principale est en tout point convaincante). Toutes les petites lâchetés, la mesquinerie des personnages qui entourent l'héroïne, finissent même par donner au film quelque chose d'un peu antipathique à force de ne leur donner aucune chance.

Jean-Sébastien Chauvin

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Chro #35