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[16.05.07]

C'est donc demain que tout (re)commence. Projection à 10h du film de Wong Kar-wai (My Blueberry nights), curieusement attendu ici avec un mélange d'excitation et de scepticisme. Certains ne croient pas à la déterritorialisation du cinéaste (qui s'est pourtant expatrié en Argentine le temps de tourner Happy together - avec, il est vrai, ses acteurs de prédilection), d'autres ricanent déjà à la présence de Nora Jones et de sa voix au chuintement soporifique (qui, Grands Dieux !, pourrait contaminer l'univers du Maître). D'autres sont plus prudents, sinon enthousiastes : quoi de plus intrigant en effet qu'un cinéaste partant à la rencontre de nouveaux horizons, osant une mise en jeu de ses codes esthétiques, notamment à travers l'apport d'une nouvelle langue ? Verdict demain, même si un verdict à Cannes est souvent provisoire. Il y avait longtemps en tout cas que le film d'ouverture n'avait pas été porté par un cinéaste de cette envergure. On est loin des Fanfan la Tulipe et autres Da Vinci code (film d'ouverture en 2006) qui se concurrençaient dans la course au navet. Non pas des navets d'auteurs comme on en voit inévitablement dans la pléthore de films proposés ici, des navets tout court. Comme on dit : « wait and see ».
En attendant, le festival (aujourd'hui dans son ultime phase préparatoire - l'espace wifi est encore en construction) semble soumis à une certaine indolence qui contraste avec le sentiment d'hystérie qui domine lorsqu'on débarque après quelques jours de projections. Le peuple festivalier arrive doucement, déjà affairé à mille occupations (tapotage célère de claviers, papotage intempestif sur le cell phone, anglais décliné en un éventail d'accents) et paré des inévitables accessoires cannois (lunettes de soleil obligatoires et fashion s'il vous plait, accréditation et sac du festival en bandoulière - une photo du sac pop de cette année, demain, promis). Comme si on y était sans y être vraiment. Ça ressemble au Festival de Cannes mais ce n'est pas (encore) le Festival de Cannes. Sans doute, et tout simplement, parce que ce qui importe le plus ici, du moins pour nous, ce sont les films. Dans le centre ville, les mannequins sont encore nus (mais quelques heures après la photo, ils ont revêtu - ô surprise - leurs nouveaux habits). Les escarpins de soirée de ma colocataire sont un peu désoeuvrées et languides dans ce rayon de soleil qui est miraculeusement venu se poser sur eux (shinny mais pas encore glitter). Tout est prêt. Il ne manque plus au festival que d'entamer sa course folle.