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[28.05.07]

C'est le dernier round, qui se tient à Paris, grâce au train entré en gare de Lyon à 17h21 : le commentaire du palmarès. On fait ça vite, avec avis personnels et, le cas échéant, échos de secours attrapés au vol :
Palme d'Or : 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu (Roumanie)
La consécration du jeune cinéma roumain, d'autant que California dreamin', le film posthume de Cristian Nemescu, a reçu le prix Un Certain regard. Cela fait quelques années qu'on le voyait venir : Prix Un Certain regard pour La Mort de Dante Lazarescu en 2005, Caméra d'or pour 12h08, à l'est de Bucarest de Corneliu Porumboiu l'an dernier. Deux films d'ailleurs supérieurs à celui de Cristian Mungiu, brillant tour de force, mais à peine plus que cela. Cette force est déjà dans le titre : 4, 3, 2 - compte à rebours, et surtout série, enchaînement dur, rien au hasard.
Grand Prix : La Forêt de Mogari, Naomi Kawase (Japon)
Kawase obtient avec ce film la récompense qu'elle aurait dû recevoir avec Shara, qui était d'une autre ampleur et d'une autre tenue. Dommage. Vu à Paris, La Forêt de Mogari m'avait paru trop plein de rituels et de cérémonies, trop salle d'attente de psy, avec ces deux personnages qu'il faut faire dégorger de leur deuil. Et quelques facilités / facticités. Mais, tout de même, le style coton de Kawase m'avait semblé travailler encore gracieusement. Et si j'avais vu le film à Cannes ? Autant trouver l'introuvable réponse à cette éternelle question : à Cannes, on sur- ou sous-estime ?
Prix du Jury : Persépolis, Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud, France / Lumière silencieuse, Carlos Reygadas, Mexique.
Le premier : pas vu, aurais voulu, mais pas pu.
Echos : bof.
Le second : pas vu, suite à la recommandation expresse de mon allergologue.
Echos : Dommage que Reygadas soit auto-persuadé d'être un champion de métaphysique, sinon il aurait pu devenir un honorable réalisateur de films ou du moins, comme l'avait écrit Vincent Malausa à l'occasion d'un opus précédent, " un bon clipart sensualiste ".
Prix du 60e anniversaire : Paranoid park, Gus Van Sant (Etats-Unis)
Le seul Américain récompensé. Par un mini prix. Beau film, on l'a déjà dit.
Prix de la mise en scène : Le Scaphandre et le papillon, Julian Schnabel (France)
Pas vu, difficile de s'infliger ça à 8h30. Mais le film fait si peur qu'il éveillait une certaine curiosité, à satisfaire un jour, peut-être.
Echos : locked in beurk.
Prix du scénario : De l'autre côté, Fatih Akin (Allemagne / Turquie)
Pas vu : toujours cette inhumaine projection de 8h30.
Echos : aucun, sinon quelques bribes, lointaines, oubliées déjà.
Prix d'interprétation féminine : Jeon Do-Yeon, pour Secret sunshine, Lee Chang-dong (Corée)
J'aime bien le film. La fille est bien, un peu sans âge. Elle crie beaucoup dans le film. Les femmes qui souffrent, ça plait toujours aux jurys, un peu comme les mal portants, même si cette année le...
Prix d'interprétation masculine : Konstantin Lavronenko, pour Le Bannissement d'Andrei Zviaguintsev (Russie)
Pas vu. Encore une mise en garde de mon allergologue contre les films pompiers.
Echos : je vous recommande mon allergologue.
Caméra d'Or : Meduzot, Etgar Keret, Shira Geffen (Israël)
Pas vu. Là, c'est mon psychologue qui m'avait interdit de mettre les pieds à la Semaine de la critique. Et si j'avais refusé d'obéir, l'affiche de la section, placardée ici et là dans les rues cannoises, aurait su me rappeler à l'ordre : on y voit un nigaud regarder vers le haut en bavant presque, une marque rouge signalant la réception récente d'une baffe dans la tête. Content d'avoir évité une visite chez le traumatologue. S'il y a des gifles qui se perdent, espérons qu'elles ne le soient pas pour tout le monde. Cette récompense est toutefois un succès important pour la Semaine de la critique, section souvent décriée cette année.
Palme d'or exceptionnelle : Jane Fonda
Pas vue, mais l'aérobic, c'est fantastique.
Pas mal de films ratés, la plupart parce qu'ils ne faisaient pas envie, avouons-le. Il y eut quelques bons films, mais aucun grand film. C'est ainsi. Dommage que les Américains ait été boudés par le jury, car ils étaient tenaient le festival. Gray aurait mérité au moins un prix de la mise en scène. Les Coen, si leur film est aussi bon qu'on le dit, n'avaient qu'à pas présenter autant de films médiocres ces dernières années. Fincher : pas facile de glisser au palmarès un film hollywoodien, aussi bon soit-il, la preuve.
Maintenant ? Demain, check-up complet chez le médecin. En attendant, dormir, dormir, dormir.
[28.05.07]
Les derniers feux cannois sont en passe de s'éteindre. On ne verra plus, pour cette année du moins, les marches du festival qui, sur l'animation précédant chaque projection, nous laisse franchir virtuellement tous les paliers qui mènent des profondeurs de l'océan au firmament dans lequel une palme étincelante s'éveille au son du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saens. Hier, dernière soirée à la Villa de Mai dont l'étrange jardin tout en déclivité descend en pente douce vers l'horizon et semble même se fondre avec lui à la faveur de la nuit. Après avoir quitté les chemins dont le parcours était ponctué des flammes vacillantes de dizaines de bougies, nous sommes rentrés alors que le ciel se défaisait de ses apparats nocturnes pour dévoiler graduellement la lueur étale et laiteuse du petit matin. Le long des routes pentues encore endormies, des villas au calme trompeur semblaient nous narguer derrière leur imposant portail dont certains étaient si élevés, si plein d'opacité qu'ils semblaient hostiles. Comme le remarqua plus tard Sabrina, on se serait cru dans certains quartiers résidentiels du Venezuela où la population riche se barricade pour ne pas subir les assauts des hordes de pauvres qui vivent dans d'indigentes conditions. Inquiétude diffuse des hauteurs sélectes contrastant le crâneur mais transparent étalage de richesse du bord de mer.
On a peu dormi, attrapé in extremis une ultime séance de No Country For Old Men des frères Coen. Rien à dire, film parfait, logique, à l'implacable mise en scène du récit, au minutage impeccable de la durée des plans, aux redoutables idées visuelles (un papier qui se défroisse lentement, une nuée de sable dorée au soleil comme trace d'un freinage soudain, une flaque de sang qui grossit sur le plancher). D'où vient alors que tout n'ayant rien à reprocher au film, on ne partage pas l'enthousiasme d'une majorité de festivaliers pour qui ce devait évidemment être la Palme d'Or ? Lassitude d'accumuler des projections ? Relative consensualité du film ? Incursion trop familière dans leur univers ? On ne sait. Mais faire la fine bouche devant ce spectacle saisissant serait tout de même un peu ridicule, d'autant que la noirceur infernale des Coen confine à l'effroi métaphysique, alors que même Dieu, débarquant sous la figure d'un violent hasard, reste impuissant à empêcher le mal de continuer son oeuvre de folie meurtrière. Le Texas a beau être d'une cuisante aridité, c'est une glaçante et mélancolique conclusion qui rive le spectateur sur son siège.
Le film est en tout cas la confirmation que la sélection américaine fut cette année de haut niveau. Ferrara, Tarantino, Gus Van Sant, James Gray, les frères Coen (et dans une moindre mesure David Fincher), l'amour que l'on porte au cinéma américain n'est pas prêt de se démentir. S'il fallait donner mon palmarès, toutes sections confondues, Tarantino, Ferrara, Jacques Nolot, Gus Van Sant, Wang Bing ou Naomi Kawase (qui peut s'enorgueillir d'un Grand Prix) pourraient se partager la Palme d'Or, suivis sans doute par Serge Bozon, les Coen et James Gray. Certains films que je n'ai pas vu ont bonne presse ici : Foster child de Brillantine Mendoza (à la Quinzaine), California dreamin de Christian Nemescu (Un Certain regard) ou XXY de Lucia Puenzo (Semaine de la critique), sans parler de l'ovni Dai Nipponjin de Hitosi Matumoto (Quinzaine encore), beaucoup plus décrié mais vraiment adoré par certains, ou encore la Caméra d'Or, Les Méduses. A Cannes, finalement on ne voit rien du tout. C'est déprimant. Il n'empêche, parmi les films que j'ai vu, il m'a semblé que le festival n'a jamais offert la découverte d'oeuvres aussi puissantes que Blissfully yours d'Apichatpong Weerasethakul ou Honor de cavalliera d'Albert Serra. Evidemment, ce ne sont pas les festivals qui font les films, ce sont les cinéastes, si bien que les années se suivent sans se ressembler.
Cela dit, même si je n'aime pas beaucoup la Palme d'Or, 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu (voir le palmarès), il faut reconnaître au jury d'avoir non seulement récompensé un quasi inconnu, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps, mais aussi d'avoir mis en avant une cinématographie roumaine qui a le vent en poupe, ce qui en ces temps de restauration est un geste fort. Néanmoins, j'aurai tendance à penser que cette Palme s'inscrit davantage dans le sens de l'Histoire que dans celui du contemporain, que des cinéastes tels Gus Van Sant, Tarantino (qui tous deux ont déjà obtenu la récompense suprême) ou Ferrara (malheureusement pas en compétition) me semblent incarner. Et puis revenir sur la saloperie et la lâcheté de l'époque Ceausescu, accabler des personnages qui ont 20 ans d'âge (le film se situe en 1987) avec une ironie un peu trop facile (voire même avec une certaine complaisance dans cette façon de ne sauver personne à l'exception de son héroïne), aujourd'hui que cette époque est bel et bien révolue, a quelque chose qui me semble un peu déplaisant (quid d'aujourd'hui ? des contemporains de Mungiu ? de la Roumanie actuelle ?). Il est des gestes esthétiques et politiques qui sont peut-être moins forts qu'il n'y paraît au premier abord. Confirmation ou infirmation dans quelques mois, lorsque le film sortira sur les écrans français.