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27/05/06
Drink coffee and destroy

Triple ban pour Francisco, qui l’a fait : une troisième vision de Jeunesse, en avant ! de Pedro Costa après la double projection de presse de la veille. Pour d’autres, pour toutes les personnes normalement constituées incapables d’un tel exploit, le festival s’est terminé tranquillement. Chacun son rythme, certains s’enquillent 4, 5, voire 6 films dans la journée, d’autres tournent à deux ou trois projections maximum, c’est mon cas. Pas fort en gym, j’avais décidé jeudi de ne rien voir d’autre que le Costa. Derniers films, donc, et ultime bravo de concert avec Jean-Sébastien pour le court-métrage portugais Rapace, première mise en scène de João Nicolau, sur lequel je rajoute une couche. Affaire de famille : João Nicolau, monteur de Va et vient de Monteiro, joue dans le merveilleux La Gueule que tu mérites (en salles le 31 mai 2006) de Miguel Gomes, lequel a participé au montage de Rapace. La musique (géniale) des deux films est signée Mariana Ricardo, la soeur de João Nicolau, qui a composé aussi celle du prochain court-métrage de Miguel Gomes, Cantique des créatures, que l’on annonce magnifique (il sera à Locarno), dans lequel elle joue le rôle de Sainte-Claire. Rapace et La Gueule que tu mérites sont tous deux produits par une société joliment nommée O Som e a Fúria. C’est dire que l’on aime bien ces gens. Ne partageant pas du tout l’enthousiasme de Jean-Sébastien sur L’Etoile de mer, j’avoue avoir eu un peu honte des courts-métrages français d’obédience fémisarde, à l’exception de By the kiss et Le Soleil et la mort voyagent ensemble (hors de tout formatage franco-fémisardien), comparés à Rapace, son enthousiasme amorti, sa capacité décidément portugaise (La Gueule que tu mérites et Rapace se parlent beaucoup, au-delà de la familiarité de leurs auteurs) de toucher sans rien dire, d’évoquer très justement des états d’âmes sans les formuler, d’évacuer la métaphore au profit de mises en scène ludiques et lyriques, désinvoltes et rigoureuses, ésotériques et désaltérantes. On y entend des phrases définitives comme celle-ci, en forme d’impératif catégorique valable pour tout le festival et pour la vie en général : "drink coffee and destroy !".

On n’a pas vu grand-chose en compétition, il faut bien le dire. Loupés par mes soins : Volver, Marie-Antoinette, Le Labyrinthe de Pan, Les Climats, Southand tales… D’autres ont été volontairement zappés. Etant données ces défaillances plus ou moins honteuses, plutôt qu’un palmarès alternatif qui n’aurait guère de légitimité, revenons à la bonne vieille formule du top 10, ou presque, toutes sélections confondues (parce que la sélection officielle est décidément trop faiblarde cette année) :

  1. The Host, Bong Joon-ho (Quinzaine)
  2. Rapace, João Nicolau (Quinzaine)
  3. Jeunesse, en avant !, Pedro Costa (Compétition)
  4. Bled number one, Rabah Ameur-Zaimeche (Un certain regard)
  5. Honor de caballeria, Albert Serra (Quinzaine)
  6. Bug, William Friedkin (Quinzaine)
  7. A Fost sau n-a fost ?, Corneliu Porumboiu (Quinzaine)
  8. Da Vinci code, Ron Howard (Hors compétition)

Pour mémoire et en mondovision, le top 6 des répliques :

  1. "Drink coffee and destroy" (Rapace, João Nicolau)
  2. "I’m the fucking super mother bug !" (Bug, William Friedkin)
  3. "Oh ! j’ai cru que ce monsieur n’avait qu’un bras" (Shortbus, John Cameron Mitchell)
  4. "Mais comment voulez-vous relever le niveau du cinéma français avec vos gueules de premiers de la classe ?" (On ne devrait pas exister, HPG)
  5. "Quand j’entre sur le terrain, j’entends du son. Le son du bruit" (Zidane, un portrait du XXIe siècle, Philippe Parreno, Douglas Gordon)
  6. "T’es la fille à Jésus" (ou équivalent) (Da Vinci code, Ron Howard)

Demain, le vrai palmarès… hum.

Jean-Philippe Tessé

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La Guerre des sélections

Fin de festival sur les rotules. Hier à la dernière fête, organisée spontanément dans la superbe villa de Mai (alias la villa Tinchant), on discute avec le réalisateur espagnol de Honor de caballeria, le très passionné Albert Serra, qui nous raconte comment les deux plus grands journaux espagnols (El Pais et je ne sais plus quel autre) ont descendu le film de Pedro Costa, avouant même ne pas être resté jusqu'à la fin... no comment. Vu hier aussi le film de Guillermo Del Toro, Le Labyrinthe de Pan... c'est peu dire qu'on est déçu. Tant qu'à prendre un film de genre, il aurait mieux valu que la compétition prenne le génial The Host. Le Del Toro est conventionnel à côté... tant mieux pour la Quinzaine qui aura été la sélection la mieux inspirée, où même les films ratés, les objets décevants, étaient néanmoins de vraies propositions formelles, à l'instar de Lying.

En tout cas, il m'a toujours semblé que Guillermo Del Toro était plus intéressant quand il réalisait des films au sein de l'industrie hollywoodienne que quand il se livre à ses projets personnels. Mimic, Blade 2 ou Hellboy sont des films bien plus passionnants que L'Echine du diable ou ce Labyrinthe de Pan. Son obsession du franquisme n'est jamais très féconde car les bons et les méchants sont donnés d'emblée si bien que le film devient vite ennuyeux car dénué d'enjeux. Reste un faune magnifique, quelques moments de fantastique très inspirés, mais largement minoritaires...La séparation des deux mondes (le franquisme des années 40 et un monde imaginaire et intemporel) ralenti considérablement le film. Contrairement au cinéma américain dans lequel l'un des mondes contamine peu à peu l'autre (scénario canonique dont l'exemple récent le plus percutant reste La Guerre des mondes de Spielberg), les deux mondes ici ne se rencontrent jamais, le scénario entérinant le fait que la magie, le fantastique ne sont que de simples projections fantasmatiques de l'héroïne (par ailleurs beau personnage), une gamine téméraire et adulte. Sans doute aurait-il mieux valu se concentrer sur la petite fille plutôt que de créer toute une série de personnages annexes assez monolithiques...

Difficile de donner un palmarès toutes sections confondues, disons en tout cas que pour ma part, Southand tales de Richard Kelly ou Jeunesse, en avant ! de Pedro Costa feraient des Palmes d'Or audacieuses et originales... mais le film de Brisseau, Les Anges exterminateurs, ou The Host de Bong Joon-ho feraient de beaux prétendants. La caméra d'or, je la verrais bien décernée à Honor de cavalleria, A Fost sau n-a fost ? ou On ne devrait pas exister (si, si). Un prix de la mise en scène à Bellocchio pour son Metteur en scène de mariage, ainsi qu'à Bug de Friedkin... et ma fois c'est à peu près tout, entre les films que je n'ai pas vu et ceux qui m'ont déplu. Maigre moisson.

Jean-Sébastien Chauvin

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