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25/05/06
Si Pasolini avait été new-yorkais...
Hier soir, en sortant du premier, beau et inédit film de Gus Van Sant, Mala noche, quelque chose a fait "boom!". Non, il ne s'agissait pas de ce à quoi vous pensez mais de la première gerbe du splendide feu d'artifice qui a accompagné la soirée Marie-Antoinette (à laquelle nous n'étions pas conviés). Futile donc. On se dit qu'un feu d'artifice, finalement, c'est toujours un peu la même chose, hé bien non, celui-ci était éblouissant, laissant au béotien que je suis le sentiment de quelque chose d'à la fois subtil et d'une extrême précision, un alliage de coloris et de formes diverses, de feux follets ondoyants et de fusées supersoniques à la fois bruyants et délicats. Pour en rajouter une couche après Jean-Philippe (cf. son post du 24.05), je rappelle que c'est tout Cannes ça : faire cohabiter les richesses les plus aristocratiques (qui a dit que l'aristocratie était morte ?) et une pauvreté terminale (les SDF qui jonchent le parcours de la Croisette), les passe-droits de privilégiés (l'entrée aux soirées sur les différentes plages des hôtels de luxe) et la rage teintée d'émerveillement de ceux qui n'en sont pas et observent, non sans se moquer gentiment, cette faune "cinéphile" s'ébrouer sous les tentes de toile blanche.
Ce feu d'artifice était la touche finale d'une journée qui a commencée morne (un épouvantable film hongrois, Fresh air,) et s'est terminée dans l'émotion d'une découverte à rebours, Mala noche donc. Le premier film du désormais canonique cinéaste d'Elephant a les qualités et les défauts d'un premier film. On sent bien que Gus Van Sant, comme tout jeune réalisateur, cherche a prouver qu'il a du talent. Ce qui nous donne un noir et blanc arty, une manière référencée de s'inscrire dans une tradition new-yorkaise underground, mais aussi une énergie, une célérité, une émotion juvénile qui semble loin des dernières oeuvres du cinéaste, contemplatives et éthérées, pudiques et charnelles dans leur désespoir. Catherine B., au sortir du film, a eu la bonne idée de dire que si Pasolini avait été un jeune homme new-yorkais dans les années 80, il aurait peut-être réalisé Mala noche, ce qui, je trouve, n'est pas faux.
Sinon, belle découverte roumaine à la Quinzaine des réalisateurs (de loin, de très loin, la meilleure sélection du festival), A Fost Sau N-A Fost ? (ne me demandez pas ce que ça signifie, mais un titre possible pourrait être : "la révolution roumaine a t-elle vraiment eue lieu ?"), premier film de Corneliu Porumboiu. Il faut déjà dire le plaisir qu'on a à écouter cette langue, mélange incertain de français, d'italien et de portugais (un linguiste dirait peut-être que je délire...), une langue exotique parce que peu représentée finalement dans cette internationale cinéma. Le film est assez indescriptible mais rappelle, par son humour ravageur, Le Chêne de Lucian Pintile, découvert il y a quelques années à Cannes. Une façon d'interroger l'Histoire (la Révolution qui a fait tombé Chausescu) dans une petite ville roumaine et d'enregistrer la persistance d'affreux réflexes issus de l'ère communistes. A la faveur d'une longue et hilarante séquence où trois personnages participent à une émission de télévision, quelque chose passe du désarroi présent, de la délation instituée en norme (permanence des réflexes communistes), du contrôle des gens les uns envers les autres. Pas un hasard si Laurel et Hardy sont plusieurs fois cités par un personnage. Le burlesque à la fois cinglant et un peu triste de Porumboiu n'est pa si éloigné de l'idée de saynette (du muet mais aussi de la télévision actuelle), un burlesque légèrement dépressif, sans tartes à la crème, sans acrobaties, mais avec une science des gestes et des postures qui laisse espérer, si le réalisateur continue dans cette veine, un cinéma vraiment original.
Original, Lying de l'américain M. Blash l'est à son début, avant de se dégonfler comme une baudruche. On est d'abord séduit et intrigué par ces jeunes filles hamiltoniennes qui ne font rien dans cette grande maison de campagne (Chloe Sevigny et Jenna Malone en tête), par cette ambiance à l'étrangeté très travaillée. L'impression que quelque chose de sourd, de dangeureux se trame. Ces jeunes filles sont peut-être dans une sorte de paradis indolore, doucereux et morbide, lumineux et tout en dissimulation (ce qu'accentue l'image brillante et mortifère de la HD). Une diffuse inquiétude perce, puis peu à peu le film patine, révélant un noeud assez anecdotique qui finit par rendre le film complètement creux.
Dernière chose, enfin : il est toujours étrange d'avoir les commentaires au sortir des salles et de ne pas en voir du tout l'application le lendemain dans les journaux. Par exemple, au sujet du Lucas Belvaux que je n'ai pas vu (mais Jean-Philippe, si), la plupart des personnes rencontrées étaient sorties consternées par le film, même les mieux disposées. Une unanimité totalement en contradiction avec l'aricle de Libé ce matin et les étoiles que quelques caciques triés sur le volet donnent dans l'édition quotidienne du Film Français. Fossé de génération peut-être, mais effet étrange tout de même... Jean-Sébastien Chauvin
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