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24/05/06
De la cause prolétarienne rapportée aux us du Festival de Cannes
Cannes, c'est formidable parce qu'il fait beau et qu'on y voit des tas de films. Mais c'est aussi un endroit assez horrible, un lieu de violence sociale symbolique et d'apartheid à tous les étages. Le pire étant cette faune de jet-setters oisifs et surfriqués à l'imparable vulgarité de nouveaux riches, ces défilés permanents de bimbos-poufs et de minets mal élevés qui parfois vous donnent des envies de guillotine, l'étalage surréaliste de pognon - le glamour est dans un sale état. Mais attention, Cannes réfléchit aussi à la condition de la classe ouvrière, les films sont là pour ça. C'est Lucas Belvaux qui s'en charge : présentation en compétition, sous bannière belge, de La Raison du plus faible, fable marxiste à l'ancienne. Encore un film très décevant, dans une compétition qui l'est décidément (ont été zappés, entre autres, Babel et Selon Charlie, mais on ne compte pas vraiment sur eux pour relever le niveau). Le pitch : un ex-braqueur réinséré par le travail en usine, deux ouvriers retraités et un chômeur diplômé (qui par conséquent porte des lunettes et apprend des poèmes à son fils) décident de voler l'argent des patrons d'une usine de métallurgie. Tout finit par le sacrifice christique du combattant (le braqueur interprété par Belvaux, cousin du rebelle de Cavale) et la redistribution anarchique de la richesse au prolétariat spolié. Lucas Belvaux est un cinéaste plutôt sympathique, mais le film le ressemble trait pour trait à son jeu d'acteur : une présence physique intéressante, mais dès qu'il parle, ça coince, les intentions sont tellement visibles et lisibles qu'elles s'annulent. La seule surprise du film est son acharnement à empêcher toute surprise. Tout y est tellement appuyé, tellement grossier et sans un gramme d'ambiguïté, que La Raison du plus faible n'a pour atout que son honnêteté foncière et sa naïveté, autant de raisons faibles. Mais l'utopie n'est pas morte, la preuve dans le minuscule 7, club gay-pink reconverti le temps d'un soir en salle de concert où sont venus lever le poing les vieilles gloires punk de UK Subs, 1977 forever, présence incongrue à Cannes, mais justifiée par la présentation au marché du film d'un doc intitulé Punk's not dead. Le chanteur est bedonnant et peroxydé, mais toujours énergique. Et le pogo étatit sévère ce soir-là, mais émouvant.
Quelques mots aussi sur Fantasma, un film quasi muet d'une heure réalisé par Lisandro Alonso et présenté à la Quinzaine : film de transition, qui permet au cinéaste argentin de tourner une page, en réunissant les deux acteurs de La Libertad et Los Muertos dans les couloirs du théâtre San Martin à Buenos Aires. Attendons plutôt son prochain long métrage, au titre séduisant : Liverpool. Et encore un mot - pourquoi s'en priver ? - pour signaler la présentation, à la Quinzaine toujours, de courts-métrages parmi lesquels deux films réalisés par des anciens de Chronic'art : Le Soleil et la mort voyagent ensemble de Franck Beauvais et By the kiss de Yann Gonzalez. Jean-Philippe Tessé
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LA PHOTO "DE QUOI ?" DU JOUR : deux nightclubbers cinéphiles
 Par Jean-Sébastien Chauvin
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