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21/05/06
Cardin & the bunnymen

Pour la première fois cette année, on a pu dégoter une invitation pour la soirée MTV qui se déroulait dans la mythique villa Pierre Cardin. Soirée remplie d'exécutifs de grosse boîtes de productions musicales et de fêtards anglo-saxons sans grand rapport avec le monde du cinéma. Mais villa sublime, "villa bulle" de son petit nom, étagée en de multiples niveaux, tous dotés d'une piscine, villa toute en rondeurs dont les couloirs forment un réseau de tuyaux qui chacun mène à une pièce (ronde), une terrasse (ronde) et une piscine (ronde). Pierre Cardin était là, Michael Madsen aussi, c'est à peu près tout pour le people. On a dormi trois heures, rien de glorieux là dedans, mais on s'est tout de même levé ce matin pour le film de Richard Kelly (l’excellent Donnie Darko), Southland tales, dont la rumeur disait le pire (nanar) et le meilleur (chef-d'oeuvre baroque). A l'arrivée, un peu des deux il faut bien l'avouer. L'entame du film est magnifique, une vraie-fausse vidéo d'adolescent tournée lors d'une fête, un déjeuner, un goûter, on ne sait, tandis qu'une voix off nous annonce en substance que nous allons assister à la fin du monde. Tout d'un coup un choc, et puis cette image sidérante de champignon atomique qui émerge de cette rue typique de suburb résidentiel des environs de L.A.. Immédiatement, on pense à La Guerre des mondes de Spielberg, à cette façon d'intégrer de l'extraordinaire horrifique dans le quotidien. Mais en quelque sorte ce prologue est une fausse piste. La suite est une sorte de caprice de "nerd" cinéphile parfois très inspiré (le final en montage alterné doté d'un vrai souffle opératique), d'autre fois confus et indigeste (saturation de personnages et de sous intrigues, charge politique convenue contre l'administration Bush). Impossible, au sortir du film, de savoir ce qu'on a réellement vu. Collage improbable d'influences, le film est tout de même assez passionnant dans sa façon de jongler avec les signes de la pop culture. Sans aucune ironie, avec une certaine candeur, ce qui est une denrée assez rare à Cannes où l'ironie s'affiche un peu trop souvent comme signe d'intelligence (à quand des films et des réalisateurs qui afficheraient enfin leur bêtise, je veux dire leur innocence face au monde ?). Le casting hétéroclite est au diapason de cette cacophonie de signes qui laisse cohabiter une Sarah Michelle Gellar absolument géniale de drôlerie et un The Rock dont on ne sait s'il est très mauvais ou au contraire plongé en pleine expérimentation dramatique, en passant par un Seann William Scott totalement éthéré et en permanence plongé dans le sommeil comme ce personnage de Point blank de John Boorman, ou encore Justin Timberlake, Bai Ling (démente), Kevin Smith..., etc. On attendra de le revoir pour savoir si le film est une complète escroquerie, un jouet trop grand pour enfant gâté ou une série de salves inspirées. Sans doute tout cela à la fois. Au moins il n'a pas peur du ridicule au milieu de ces films d'auteur souvent sérieux tant dans leurs intentions que dans leur forme.

Autre film qui n'a pas peur du ridicule, le dernier film de Jean-Claude Brisseau, Les Anges exterminateurs. Au sortir de la salle, les avis étaient beaucoup plus contrastés que ne le laisse sans doute apercevoir la critique, certains allant jusqu'à déclarer qu'il n'y avait pas de cinéma là dedans. Pour ma part, je pense que c'est le plus beau film à ce stade du festival. C'est assez rare de voir un cinéaste à ce point en phase avec son désir, qui ne cherche ni l'épate, ni la séduction, ni l'intelligence, ni le "vouloir dire" (il "dit", tout simplement, sans ce "vouloir" qui plombe jusqu'aux films les plus réussis). Un cinéaste qui filme son âme comme le fait Brisseau, c'est une denrée rare. D'où aussi une réelle naïveté dans le film, même si certain ont tiqué sur le fait que Brisseau s'y livre à une défense et illustration de lui-même relative à "l'affaire" qui a défrayé la chronique il y a peu (Brisseau est le narrateur off, il nous raconte les dessous, fantasmés ou réels, de l'histoire), et qu'en un sens il se dédouane en ne se reprochant que sa "naïveté". Personnellement je m'en fiche, cet aspect là ne m'intéresse pas. Ce qui reste, c'est un film lumineux, jamais dépressif, mais tragique dans lequel les personnages livrent leur être au monde au point de jouer avec le diable et le bon dieu. Il y a une façon très simple chez Brisseau de filmer la transcendance, à la faveur d'un cadre, d'une lumière, d'une alternance entre le hors champ (une magnifique et très hitchcockienne scène de masturbation féminine dans un restaurant) et la visibilité (certaines scènes de sexe sont très frontales). Doit-on reprocher à Brisseau de dresser une sorte d'équivalence (en tout cas chez son personnage) entre l'acte de voir et l'acte de jouer ? Est-ce que le regardant se met tout autant à nu que le regardé ? Pas sûr, mais Brisseau pose la question assez finement à travers le regard de son alter ego et celui de ses héroïnes. Au fond, Brisseau ne juge rien, du moins il m'a semblé, pas même celles qui chercheront à se venger. Il les regarde comme son héros, absolument bouleversé de leur tragique être au monde. Brisseau n'est définitivement pas un cinéaste de la perversion, il voit de la pureté partout jusque dans le pire. La candeur, à l'instar de Southland tales, est la vertu cardinale de ce film et de son héros dont sa grand mère dit qu'il est un curieux mélange d'intelligence et de sottise.

Jean-Sébastien Chauvin

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Une pipe à l'écoute d’Animal Collective

Le week-end cul du festival de Cannes, c’est maintenant. Projection attendue ce samedi du film de Jean-Claude Brisseau Les Anges exterminateurs à la Quinzaine, et présentation demain, hors compétition, de Shortbus, de John Cameron Mitchell. A propos de Brisseau, très ému sur scène où il était spectaculairement accompagné de toutes les filles du film, impossible de ne pas évoquer "l’affaire", puisque Les Anges exterminateurs est un portrait de l’artiste au travail. Il faudra revenir sur ce film, très brillant par moments, mais sur l’unanimité qu’il a suscitée, il serait bon tout de même de revenir. Bien plus léger, quelques divisions en dessous en termes de cinéma, Shortbus s’ouvre par l’exploit du festival : une auto-fellation accomplie jusqu’au bout par l’un des personnages de ce film choral new-yorkais. Soit un genre (le film choral dans une grande ville) qu’on goûte peu. Mais John Cameron Mitchell s’en tire bien, par l’auto-dérision et la chanson (belles scènes clip rythmées par Animal Collective) -ça marche toujours. Shortbus, c’est un peu Magnolia (pas la top référence, on est d’accord) version cul, queer and folklore. Une sexologue qui n’a jamais connu l’orgasme, un couple gay en plein doute, une dominatrice dépressive, etc. Le film est plutôt drôle, bien rythmée, et dit des choses fortes sur l’état de la sexualité chez ceux qui la considère comme absolument libre. On y entend d’admirables dialogues, tels que "Oh ! J’ai cru que cet homme n’avait qu’un bras", commentaire lancé à propos d’une acrobatie de partouze exécutée hors champ et déjà classée n°2 du top des meilleures répliques de Cannes 2006, derrière l’indétrônable "I’m the fucking super mother bug !" hurlé par Ashley Judd dans Bug de Friedkin.

Un mot enfin sur l’un des plus beaux films du festival, Bled number one (Un Certain Regard), le deuxième film du réalisateur de Wesh wesh, Rabah Ameur-Zaimeche. Un mot seulement puisqu’on en reparle longuement dans le prochain numéro de Chronic’art (en kiosque le 31 mai 2006), où vous pourrez lire un entretien avec RAZ. Un mot pour dire que le film a été très bien reçu lors de la projection de samedi, et que les forces vives du cinéma français sont là, davantage que chez Nicole Garcia, dont Selon Charlie (compèt’) a été soigneusement et volontairement zappé par nos soins. Il faut dire que le film ne nous faisait pas rêver des masses ni cette image : Bacri avec un chapeau pointu et des confettis qui tire la gueule pendant une fête…

Jean-Philippe Tessé

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LA PHOTO "DE QUOI ?" DU JOUR :
villa bulle

Par Jean-Sébastien Chauvin

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