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22/05/04
Dardenne again
Palmarès bien gentil, bien propret (voyez le nôtre). En attribuant un sésame par film - exception faite de Trois enterrements -, Kusturica & Cie n’y sont pas allé de main morte avec le politiquement correct. Comme dans les plus belles pubs Benetton, le monde entier repart donc avec une part de gâteau : Etats-Unis (Jones, Jarmusch), Mexique (Guillermo Arriaga meilleur scénariste pour Trois enterrements), Europe (Dardenne, Haneke), Moyen-Orient (Hanna Laslo pour Free zone) et Asie (Shanghai dreams), les ambassades sabrent le champagne. En comparaison, on relativise la soirée de l’an dernier finalement rock’n roll à rebours, où des oeuvres aussi différentes que Fahrenheit 9/11, Tropical malady et Old boy s’étaient partagés les trophées, pour motifs diverses, mélange d’intentions politiques, intello-chic ou zombies de vidéoclubs.
Non, vraiment ce soir, l’ambiance était davantage aux minauderies sympas. Lauréat du prix du Jury (et de notre oreiller d’or) avec Shanghai dreams - ça rime avec mainstream -, Wang Xiaoshuai se souhaitait bon anniversaire entre deux mercis à sa petite famille. Bercail toujours pour Tommy Lee Jones (interprétation masculine) et Michael Haneke (mise en scène), visiblement aussi vexé que Théo Angelopoulos l’année du Regard d'Ulysse, font un joli coucou à leur femme. Plus cinéphile, Jim Jarmusch, qui loupe la Palme d’une marche, a cité tous les participants de la Compétition officielle avec un petit mot sympa pour chacun : Wenders si gentil avec lui à ses débuts il y a vingt ans, Hou Hsiao Hsien son "professeur". Même Robert Rodriguez, rappelons-le légendaire auteur de joyaux du 7e Art tels que Spy kids, Desperado 2 ou encore Spy kids 3 mission 3D a eu droit à son visa de "grand créateur".
Allez, on est méchant. Même parti au plus bas (Haneke à la mise en scène, c’est franchement n’importe quoi), le palmarès a visé juste sur la fin. On pensait plus à Bill Murray, mais Tommy Lee Jones mérite amplement son prix d’interprétation, déjà mille fois plus que son scénariste. Hanna Laslo n’est pas la plus nulle dans le Gitaï, bien que ce focus surcrédite officieusement le film. Jim Jarmusch décroche lui, la médaille d’argent. Sans doute la légèreté de son sujet ne lui a pas permis de quitter Cannes la Palme sous le bras, puisque Broken flowers est le seul lauréat à ne pas évoquer la misère sociale. Les théoriciens Gus Van Sant, Cronenberg ou Hou Hsiao Hsien, tous trois bredouilles, ont payé cher ce fâcheux détail. Logique donc que les Dardenne (déjà palmés, par le jury de Cronenberg en 1999, pour Rosetta), champions du filmage en Belgique d’en bas, écrasent la compétition. Ne pas s’y tromper cependant : si le jury a péché par bonne conscience humanitaire, sa Palme va tout de même à un grand film, incontestable grand moment du festival et, sans doute, la meilleur cuvée des frangins du plat pays.
Palmarès du 58e Festival de Cannes
Palme d’Or :
L’Enfant de Luc et Jean-Pierre Dardenne
Grand Prix du Jury :
Broken flowers de Jim Jarmusch
Prix du Jury :
Shanghai dreams de Wang Xiaoshuai
Prix de la mise en scène :
Michael Haneke (Caché)
Prix d’interprétation féminine :
Hanna Laslo (Free zone)
Prix d’interprétation masculine :
Tommy Lee Jones (Trois enterrements)
Prix du scénario :
Guillermo Arriaga (Trois enterrements)
Voir le Palmarès et le Contre-Palmarès de Chronic'art Par Guillaume Loison - 00h54 - Cannes
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