Au moins le conservatisme a ceci de bon : soustrait à revenir cultiver sur les terres de Gilles Jacob, après deux moissons inégales, où les mauvais herbes (Pupi Avati, Michael Moore, on en passe et des horreurs…) grignotaient le champs de précieux sésames (Mystic river, 2046 ou Innocence), Thierry Frémaux a su retrouver la traditionnelle culture cannoise, celle de la force tranquille des grands maîtres. De Jarmusch à Cronenberg, d’Hou Hsia-Hsien à Hong Sang-soo, des Dardenne à Gus Van Sant, cette 58e édition a donné dans l'oeuvre sérénissime, sinon quintessencielle. Mais l’éphéméride des champions est aussi précis qu’implacable. Tous les cinéastes flapis y ont entériné leur méforme. Egoyan, Gitaï et Allen (hors compétition) ont raté leur film de transition, Wenders et Lars Von Trier croupissent dans leur jus, et les outsiders entre deux âges, les Wang Xiaoshuai (Shanghai dreams), Kobayashi Masahiro (Bashing) et autre Dominik Moll (Lemming), sont restés sagement à leur place.
Dans cette maison de retraite plus ou moins enchantée, pas de place pour les jeunes pousses, si l’on excepte les frères Larrieu. Difficile de s’enflammer pour le mysticisme pompier d’un Carlos Reygadas, encore moins de la version ciné de Sin city, qui a perdu sa profondeur et ses neurones en cours de route. Après Old boy l’an dernier, la sélection du film de Robert Rodriguez prolonge le malaise que le festival entretient avec le cinéma bis, réduit au maniérisme simplet vaguement déguisé en expérimentation neuneu. Il fallait une fois de plus piocher du côté de la Quinzaine des réalisateurs pour trouver du sang neuf avec entre autres Eric Koo (Bee with me) ou Antony Cordier (Douches froides) dont les frêles opus augurent de beaux lendemains. Et au rayon film de genre, la Quinzaine a aussi dégoté la plus belle perle du festival : The Président’s last bang, de Im Sang-soo.
Reste Michael Haneke, donné grand vainqueur par la presse, dont le Caché offre en effet par son sujet et quelques fulgurances, le meilleur de son cinéma. N’exagérons rien : le film demeure néanmoins lesté par trop de tours de passe-passe et d’ambiguïté à la noix pour convaincre totalement. Maintenant, avant le palmarès officiel (et notre commentaire), en exclusivité internationale, le palmarès et le contre-palmarès de Chronic'art !
Palmarès Chronic'art Cannes 2005
Palme d’Or :
History of violence de David Cronenberg
Prix de la mise en scène (alias Palme d’Or ex-aequo) :
Last days de Gus Van Sant
Grand Prix du Jury :
L'Enfant de Luc et Jean-Pierre Dardenne
Prix du Jury :
Peindre ou faire l’amour d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu
Prix d’interprétation féminine :
Shu Qui (Three times)
Prix d’interprétation masculine :
Bill Murray (Broken flowers)
Prix du scénario :
Caché de Michael Haneke
Mention spéciale pour l’ensemble de son oeuvre :
Mickey Rourke
Palme du courage politique :
Kobayashi Masahiro (Bashing)
Contre-Palmarès Chronic'art Cannes 2005
Poulpe d’Or & mention spéciale UMP :
Une fois que tu es né… de Marco Tullio Giordana
Poulpe de la mise en scène :
Hiner Saleem (Kilomètre zéro)
Poulpe d’Argent :
Free zone d'Amos Gitaï
Poulpe de Bronze :
Don’t come knocking de Wim Wenders
Poulpe du meilleur acteur :
Sam Shepard (Don’t come knocking)
Poulpe de la meilleure actrice :
Nathalie Portman (Free zone)
Oreiller du meilleur sommeil réparateur :
Shanghai dreams de Wang Xiaoshuai
Vessie de l’auteur extrême :
Carlos Reygadas (Batallas en el cielo)
Hommage posthume :
Lars Von Trier (Manderlay)