 |
les films par catégorie
le jury de la sélection officielle
............................
retour accueil blog
retour accueil chronicart.com
le site officiel du festival |
 |
18/05/04
Ecrire ou faire la sieste
Mardi, 13h47. Gros coup de vent sur la Croisette. Le mistral n’a toutefois pas découragé les festivaliers venus en masse à la Quinzaine des réalisateurs. Motif : Wolf creek, petit slasher australien tourné en DV, qu’on dit bien crado et que le cinéaste Greg MacLean définit comme l’hériter direct des grands classiques horrifiques des années 70. Le film aurait fait fureur lors de projos secrètes à Paris et, cerise sur le gâteau, l’équipe de Sin city - dont les frères Weinstein en vue d'une distribution éventuelle aux States - aurait réservé 80 places pour la séance de 22h00. Bigre. A attente surgonflée, grande déception. Résigné, on regarde Wolf creek se déliter au fil des bobines, troquer sa sécheresse présumée pour une psychologie à deux balles et bâcler quelques bonnes idées. Restent le désert australien, ses routes à la Mad Max et ses no man’s land boueux, terrain de jeu idéal pour cinéaste inspiré.
16h01. A peine sorti de Wolf creek, petit 200 mètres au pas de course et montée des marches express. Shanghai dreams du chinois Wang Xiaoshuai ne commencera pas sans nous. En perte de vitesse pour cause d’académisme galopant (le vague remake du Voleur de bicyclette, Beijing bicycle, c’était lui), le cinéaste continue sur la même pente. Récit du destin de déracinés de Shanghai mutés par le Parti en province profonde pour y implanter solidement le maoïsme, le film montre les tiraillements inter-générationnels (les jeunes veulent rester, les parents veulent rentrer), le déchirement des mutés et le regroupement communautaire qui en découle avec tout ce qu’on peut imaginer (racisme envers les autochtones, frustration, hargne…). Xiaoshuai saupoudre le tout d’étude de moeurs à forte résonance autobiographique (la sévérité délirante du père présente dans beaucoup de ses films), doublée d’une reconstitution peinarde des années 80, avec soirées clandestines, austérité de village et sinistrose politique. Tout roule, bien calibré mais sans plus : le film est la première victime de cette neutralité de style, plus soporifique qu’oppressante. On peut toutefois discerner un sens pudique de l’image qui éclot tranquillement entre deux scènes imposées, comme la courbe de la main inerte de l’adolescente Qing Hong, après une tentative de suicide : beau moment de lassitude mortifère.
19h00. Alors que les nuages s’épaississent dangereusement, Sin city débarque en compét'. Encore un film programmé pour diviser la critique comme les contrastes tranchants du film. Facile d’imaginer déjà les louanges futures sur les procédés numériques "révolutionnaires" de Robert Rodriguez, sa "fidélité troublante" à la BD de Frank Miller, comme les cris d’horreur des réfractaires qui ne verront que des écrans de fumée résultants d'un style criard et tape-à-l'oeil. A raison, puisque comme toujours chez le prolifique bricoleur qu’est Robert Rodriguez surnage une énergie, une candeur franchement sympathique pouvant gommer ça et là le tissage de fil blanc de son cinéma. Sin city pue plus que jamais l’hommage naïvement rigoriste et la générosité sautillante : Rodriguez a quitté la guilde des réalisateurs pour laisser Frank Miller diriger le film à ses côtés, il donne au conspué Mickey Rourke un rôle en or qui flirte avec l’autobiographie (une bête charismatique au visage de freak) et déguise chaque acteur comme un gosse de bal masqué. Outre Rourke, tout le monde s’en tire, visuellement s’entend, surtout les femmes. Mais ce cinéma a évidemment son côté obscur : une bêtise folle, pour le coup nauséabonde parce que pathétiquement inconsciente. Sin city le souligne plus que jamais par ses effets d’aplat. La fidélité à une oeuvre pour Rodriguez, c’est une transposition stricto sensu, pas une adaptation. Conséquence : le film est atrocement lisse et prévisible, condamnant les personnages (malgré les acteurs) au rang de vignette inanimée, évacuant une ironie aux petits pieds. Terrible gouffre qui le sépare de Miller, pour qui le graphisme et le tranchant des couleurs ne font que suggérer le contraire : du mouvement, de la profondeur, de la matière. Une évidence donc : malgré sa débrouillardise bien réelle, Robert Rodriguez ne sera pas de sitôt le Don Siegel ou le Roger Corman de demain.
Mercredi, 8h30. Réveil érectile grâce à l’opus des Frères Larrieu, Peindre ou faire l’amour. On y découvre le couple de pré-retraités Auteuil-Azéma s’initier à l’échangisme via un aveugle esthète et charismatique campé par Sergi Lopez, et sa femme, Amira Casar. Plus qu’un plaidoyer partouzeur, le film se concentre davantage sur le désir et la manière insidieuse, quotidienne dont il se répand. D’abord totalement enfoui : il est beaucoup question d’aveuglement, de cavernes préhistoriques sans lumière d’où naît un art primitif plus charnel que jamais, d'une forêt traversée dans l’obscurité, à tâtons. Ensuite, sous-jacent : la maison du couple, posée au seuil d’une montagne du Vercors et filmée comme une zone érogène. Aussitôt vue par Sabine Azéma, aussitôt centre du film, en extase devant la beauté rustique de l’édifice ou la déco chatoyante. Vient ensuite la peur, entre tabou sociétal et dilemme sur la fidélité sauce Eyes wide shut avant l’abandon vers la passion et une sérénité enfin trouvée. Grâce à la structure du film, les Larrieu assemblent tranquillement les clichés du film de cul bourgeois, type Emmanuelle ou autres pornos soft de M6 avec un tempo et un raffinement remarquable. Les sens du cinéma en éveil, volant au dessus de l’académisme : musicalité sensuelle des dialogues tout en rondeur poétique, beauté d’un cadre bourgeois cossu, avec feu dans la cheminé et terrasse sur le couchant, plastique irréprochable d’Amira Casar. Rien ne manque, mais l’alchimie de la mise en scène donne un film diablement charnel et suave. Daniel Auteuil : 1 - Rocco Siffredi : 0. Tiens, il fait à nouveau chaud sur la Croisette. Par Guillaume Loison - 13h54 - Cannes
............................................................
|
 |
|
 |