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15/05/04
Rattrapages
Quelques mots sur quelques films vus, un peu tard, pardon. Peu de vraies et belles surprises pour l’instant, et une compétition qui, mis à part le très attendu Last days, tarde à plaire. Ça va venir. En attendant, quelques mots, donc, sur quelques films dont on n’a pas eu le temps de parler. Et d’abord sur une révélation : Eric Khoo, from Singapour, dont Be with me faisait l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Le film démarre comme mille autres, par un traité tout asiatique sur la solitude en milieu urbain. Trois âges, trois histoires s’entremêlent peu à peu : histoire narrée par SMS de deux jeunes filles qui s’éprennent l’une de l’autre avant que l’une mette les voiles pour un garçon ; histoire d’un vigile qui ne parvient pas à rédiger, par écrit, une déclaration d’amour ; histoire de Teresa Chan, sourde et aveugle, sorte de doc sur elle puis rencontre avec un vieux monsieur qui ne peut accepter la mort de sa femme. Trois langues : l’écrit, le clavier, la paume de Teresa, sur laquelle on tapote un étrange code pour communiquer avec elle. Dans sa partie silencieuse, le film est parfois beau comme du Apichatpong (bande son éteinte, pas un mot évidemment, des sous-titres). Une dernière demi-heure sublime et des ruptures de ton incroyables (irruption d’un roman-photo sur les deux cute girls).
Les Asiatiques sont très forts pour cela (l’an dernier, c’est l’adoré The Taste of tea de Katsuhito Ishii qui ouvrait la Quinzaine), très forts aussi pour les présentations du soir. La preuve avec les splendides kimonos de l’équipe de La Forêt oubliée du Japonais Kohei Oguri, à qui l’on file la Palme d’or du plus beau plan. Lequel plan, serré sur le visage et le buste d’une jeune fille qui lentement pivote, dure 5 secondes et s’avère digne d’un gros plan de Godard. Le film : ardu, on n’en est pas fou, mais ce n’est pas rien. L’alambiqué Oguri (réalisateur de L’Homme qui dort, film vénéré par Katsuhito Ishii) donne dans le parabolique, ne concède rien au récit, mais livre une poignée d’images magistrales, un peu solennelles aussi, comme cette fête-procession parmi les troncs fossiles d’une forêt enterrée (disproportions, échelle brouillée, tiraillements entre l’aspiration vers le haut et pesanteur qui retient à la terre).
A part ça ? Vilain film allemand à Un Certain regard : Falscher bekenner de Christoph Hochhäusler (réalisateur du remarqué Bois lacté) : allégorie-choucroute sur la culpabilité à l’allemande, ado tourmenté, parents moches, salons marrons, on dit stop. Indé-film passable à la Quinzaine : Keane de Lodge Kerrigan (on lui doit les très bons Clean, shaven et Claire Dolan), entièrement posé sur les épaules d’un acteur (Damian Lewis), que l’on suit 90 minutes durant à la recherche de sa fillette kidnappée. Pas mal fichu, mais sans enjeu dès lors que le dispositif passe en pilotage automatique. Un Cavalier pas excitant pour deux sous, encore à Un Certain regard : Le Filmeur, suite de La Rencontre, dix ans de journal filmé. Le film deale une certaine idée de l’art (l’art, c’est ça : pauvre, donnant la main à la mort) à quelques toxicos du prêt-à-penser flappi. Enfin, The President’s last bang de Im Sang-soo (Guillaume en parlait plus longuement hier), palpitante plongée dans le feu de l’histoire coréenne et l’assassinat du dictateur Park Chung-hee. Le film mélange les tons et les humeurs, c’est bien mais, avouons-le, on a dormi, exténué. D’ailleurs, le sommeil est un sport dans les projections cannoises : retournez-vous, vous verrez deux ou trois flagrants délits par rang. Nous, c’était pour la bonne cause : belle fête, la veille, autour de Last days. Petit concert énergique de Michael Pitt, déjà très rock star mais visiblement bon bougre. Thurston Moore et Kim Gordon en visite, monsieur (50 ans passés et une éternelle mine d’ado américain des fifties) prenant quelques photos pour immortaliser ici le troupeau des fêtards, là une Asia Argento déchaînée. Pas possible de se lever pour la projection du matin, à 8h30. A ce jeu des aurores, quatre tentatives en quatre jours, quatre échecs. On fera un effort pour demain lundi, et Lars von Trier ? Pas sûr. Par Jean-Philippe Tessé - 13h54 - Cannes
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