 |
les films par catégorie
le jury de la sélection officielle
............................
retour accueil blog
retour accueil chronicart.com
le site officiel du festival |
 |
12/05/04
First day
Lemming en ouverture, c’est le reflet idéal d’une première journée à la fois clinquante et flottante. Effets chocs en pagailles, nuées de vrais-faux wonderboys, on pouvait espérer le meilleur ou craindre le pire. Mais finalement le bilan s’avère étonnamment neutre, les pépites - enfin LA pépite - adoucissant l’aigreur des premiers ratés. Même "Un Certain regard" accorde ses violons, ouvrant les festivités par Kim Ki-Duk, spécialiste toute catégorie du genre mou du genou mais belles gambettes.
Lui emboîte le pas le Mexicain Amat Escalante, un jeune discipline de Carlos Reygadas (Japón et le bruyant avant l’heure Batalla en el cielo), usant lui aussi de maxi-radicalité stylistique. Sangre, chronique d’un couple de Bidochon mexicains est une plongée imparable dans un cauchemar ménager et cotonneux. Avec le plan fixe et l’étirement des séquences pour toute grammaire, le film fabrique un engourdissement remarquable, toujours sur le fil de la représentation et de l’identification. C’est un peu juste, mais ça marche. Chaque mouvement est emprisonné dans un carcan fictionnel, où la répétition est autant une souffrance narrative qu’un florilège burlesque : lever difficile, plateau télé et rapports sexuels quotidiens (malgré l’exotisme des lieux - toutes les pièces sauf le lit conjugal), même le décès par overdose de la fille d’un des personnages ne parvient pas à tirer le film vers l’hystérie. On y voit le père, refoulant sa tristesse et sa honte, empaqueter ce cadavre adolescent et le trimballer dans une rue bondée et amorphe. Le réalisme de l’image (la caméra suit le convoi de dos) accouplé à l’absurdité de la situation fait diablement mouche, glissant vers la fable surréaliste vers une étude assez forte sur la paranoïa urbaine.
Dernier roulement de tambour, cette fois-ci en compétition officielle, Kilomètre zéro de Hiner Saleem, gadget world politique filmé dans les montagnes fraichement libérées du Kurdistan irakien. Vue le pitch, pourtant, l’espoir de voir une Dernière corvée orientale subsiste : pendant la guerre Iran-Irak, un soldat kurde tente de déserter alors qu’il rapatrie un cercueil avec un chauffeur de taxi arabe. Cinématographiquement, tout est nul : la reconstitution de la guerre, les envolées lyriques et les métaphores grossières (la statue de Saddam suit l’équipée d’un bout à l’autre, du grand art), la confrontation kurde-irakien servie par un comique au raz des pâquerettes dégoulinante de dignité humaniste. A ce point, c’en est presque touchant.
Ce matin, la tendance s’inverse. Les mini-génies cèdent leur place aux vieux routiers croulants. En tout seigneur tout honneur, Woody Allen dont on attend désormais chaque nouvelle production avec fébrilité s’en sort tout juste. Au moins, le cinéaste prend des distances avec ces récents pilotages automatiques anémiés type Melinda et Melinda. Changement de ton et de cadre donc pour Match point, portrait sombre, presque malade, d’un Rastignac new age dans un Londres minnellien mais pas trop. Prof de tennis écartelé par les passes droits de sa belle-famille richissime et les charmes torrides d’une écrasante beauté sortie de nulle part (Scarlett Johansson), le film a les défauts de ses qualités : une structure sinueuse, un peu falote mais lancinante, où les personnages s’imbibent et se gangrènent mutuellement. Ça vient évidemment du script, puisque l’ouverture fantomatique et plutôt drôle se rejoue à la fin sur un mode cruel et dépressif, mais malheureusement aussi des acteurs : comme d’habitude depuis un moment chez Woody Allen, ceux-ci se font dévorer tout cru par les actrices. Enfin c’est déjà ça, le falot Jonathan Rhys Meyer ne singe pas Woody Allen. On peut même finalement voir dans Match point un amer constat de l’embourgeoisement maladif dans lequel s’est récemment perdu le cinéaste.
Et puis on attendait rien de spécial de Kobayashi Masahiro, sorte de fonctionnaire de festivals, dont la sélection de Bashing résonne déjà comme une consécration. Basé sur une réalité sociale délirante, le film raconte le retour désastreux à la société d’une ex-otage en Irak. Enorme claque contre l’establishment japonais, qui voit ici le bénévolat comme un acte impur et condamnable (et qu’une partie de la presse locale, assez rigolarde à la projection semble assumer parfaitement), le film dissèque habilement la psychologie des foules et toutes formes de conditionnement social. Le cinéaste s’abandonne lui-même assez cruellement à répudier son héroïne passant de l’icône de martyr néo-réaliste à celui de réel fauteur de troubles puisque la mauvaise réputation de la jeune femme entache celle de son père.
L’après midi annonce des lendemains meilleurs : Alain Cavelier (Le Filmeur), Ousmane Sembene (Xala) et Gus Van Sant (Last days), le tour de chauffe est passé. Par Guillaume Loison - 14h02 - Cannes
............................................................
|
 |
|
 |