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sur 5

Outre la création de l’OuBaPo – ouvroir de bande dessinée potentielle -, l’autre terrain exploré par les membres de l’Association, c’est l’autobiographie. Jean-Christophe Menu et Lewis Trondheim s’y sont déjà consacrés sous la forme d’une chronique proche d’un journal conçu au jour le jour. Jusqu’ici, David B. n’avait réalisé qu’un recueil de ses rêves et de ses cauchemars, Le Cheval blême, un peu à la façon de La Boutique obscure de Georges Perec. Il nous livre aujourd’hui le deuxième volume de L’Ascension du Haut Mal, une chronique rétrospective évoquant son enfance ; une enfance marquée par les crises d’épilepsie de son frère aîné.

La lutte contre ce « Haut Mal » est, en effet, au centre de ce récit. Nous suivons la famille de David – alors encore Pierre-François -, en quête du remède qui mettra un terme définitif aux crises de Jean-Christophe. La médecine traditionnelle se révèle plus terrifiante qu’efficace. Nous sommes en 1969, et la macrobiotique semble être une alternative plausible, et surtout plus sereine. Le praticien, Maître N., est présenté sous les traits rassurants d’un bon gros chat au pelage épais, car ce que David B. dessine, c’est ce que Pierre-François a vu. Mais la méfiance du monde extérieur, tout comme les excès fanatiques de certains macrobiotes, rendent difficile un véritable suivi. Puis, nous assistons à la mort du grand-père, un décès comme pressenti par les enfants et peuplant aussitôt le bestiaire fantasmagorique du narrateur d’une nouvelle chimère. Ce triste épisode est l’occasion pour David B. de remonter plus haut dans sa généalogie. On y découvre alors d’autres figures attachantes. Ainsi, son arrière grand-père apprend à lire dans les Evangiles avec un curé, et il utilise ce précieux savoir pour déchiffrer des plaquettes socialistes et anticléricales.

Les épreuves et les tourments des générations précédentes sont également évoqués. Pour la mère de l’auteur, c’en est trop. Elle intervient pour briser le récit. Car, si une création « fictive » de ce type peut être pénible pour les proches d’un artiste, une représentation véridique peut s’avérer des plus angoissantes pour les protagonistes. Quel que soit le médium, un auteur peut-il, doit-il ne rien cacher sous prétexte d’accomplir son art ? Face à ses parents, et face à ses lecteurs, David B. se justifie : « Mais ce qui m’intéresse, c’est la lutte contre la maladie et la mort. »

Pour autant, cet album n’a rien de pathologique, ni rien de complaisant. Si le ton est parfois grave, cela reste une chronique enfantine, avec ses accents de tendresse (Pierre-François sauvant son grand-père en tenue de chirurgien de campagne) et de drôlerie (barbouillés de chocolat, les jeunes macrobiotes réclament du gâteau au soja). C’est, enfin, la chronique d’un imaginaire : celui d’un auteur qui, en même temps qu’il nous ouvre sa mémoire, nous révèle ses influences et, plus précieux encore, nous présente ses fantômes.

Pascal Salamito

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