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© Les Éditions Réticulaires, 1997-2007
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Tous les mois, Charles Muller nous fait découvrir un artiste, un nouvel espace ou une expo réellement en phase avec son époque. Pas mort l'art contemporain ? Version longue du module publié dans le magazine (ici, Chronic'art #41 - décembre 2007 / janvier 2008).
[Décembre 2007 / Janvier 2008]

Installé dans une friche post-industrielle en cours de rénovation et en plein de cœur de Paris, entre Louvre et Palais Royal, jadis peuplé par les ouvriers d'une immense imprimerie, et où naquit voici plus de 400 ans le cardinal de Richelieu, le Laboratoire est une nouvelle galerie dédiée au phénomène « artscience ». Lequel désigne, selon son concepteur David Edwards, professeur à l'Université Harvard, le « processus catalytique engendré par la rencontre entre l'art et la science ».
Les noces de la science et de l'art ne sont certes pas nouvelles - que l'on pense aux œuvres de Keith Tyson, Aziz et Cucher, Panamerenko, Damien Hirst, Carlee Frenandez, iris Schieferstein et bien d'autres encore. Mais le plus souvent, l'artiste se contente de puiser son inspiration dans une technique (la naturalisation de spécimens animaux par exemple) ou un thème (la nanotechnologie, l'écologie la génétique, etc.) sans que l'interpénétration des deux mondes, artistiques et scientifiques, n'aille au-delà. L'idée du Laboratoire consiste à explorer cet au-delà, en faisant se rencontrer un artiste et un chercheur autour d'un thème commun d'exploration. Premières expos pour cet automne : Matière à pensée (Fabrice Hyber, Robert Langer), dérive autour du développement d'une cellule souche ; Bel-Air (Mathieu Lehanneur, David Edwards), un filtre vivant à base de plantes dont les feuilles puis les racines emprisonnent les particules toxiques de l'air environnant.
Les installations de Fabrice Hyber sont nées d'un premier séjour au MIT en janvier 2007, puis d'un dialogue avec le biologist Robert Langer. Parcours de toiles en techniques mixtes conçues comme les tableaux de travail en laboratoire, où l'on note idées et formules à mesure des besoins, l'œuvre de Fabrice Hyber part du questionnement sur le destin d'une cellule souche en fonction de son environnement : une cellule souche embryonnaire est totipotente, elle va se spécialiser en telle ou telle cellule spécialisée selon une somme d'informations internes (dans ses gènes) et externes (dans son milieu cellulaire). Les toiles, vidéos et matériaux de Fabrice Hyber s'inspirent en même temps qu'ils reflètent ce processus de création cellulaire.
Le travail de Mathieu Lehaneur et David Edwards relève du design : dans une salle du Laboratoire, on observe quatre « bulles » de plastique et plexiglas ressemblant à des incubateurs de science-fiction, abritant chacune une plante. Il s'agit d'une expérience en direct : au mur, on note chaque jour l'évolution de la qualité de l'air dans chaque bulle selon des paramètres légèrement différents (éclairage, espèce végétale, transparence ou non de la vitre, arrosage, etc.). L'idée est venue d'un constat de la Nasa au retour des vols orbitaux longue durée : le corps des astronautes avait été légèrement empoisonné par les composés volatils issus de leur environnement, des nanoparticules provenant de la très lente et invisible érosion des plastiques, des fibres, des verres, des retardateurs de flamme, etc. Evidemment, le phénomène n'est pas limité aux capsules spatiales et notre corps reçoit chaque jour ces nanoparticules de formaldéhyde, pentachlorophénol, trichloréthylène et autres. L'installation Bel Air consiste à purifier les parcelles d'air de notre environnement en utilisant les propriétés absorbantes et recyclantes de certaines plants - gerbera, philodendron, spathiphyllum, etc.
La transformation du réel par la technoscience sera-t-elle un nouvel espace majeur de représentation et de symbolisation au XXIe siècle ? La réponse réside dans les cerveaux et les mains des artistes-chercheurs. Work in progress.
Voir le site du
Laboratoire, qui présente de manière élégante
l'aventure, ainsi que ses produits dérivés (Laboshop, Lavoclub, etc.).
A visiter :
Le Laboratoire
4 rue du Bouloi - Paris 1er
du vendredi au lundi, de 12h00 à 20h00
A lire : Niche, précédé d'un Manifeste du Laboratoire, de Séguier (D. Edwards) et Plessis (J. Cantor) - Beaux-Arts de Paris, 2007
[Mars 2008]