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© Les Éditions Réticulaires, 1997-2007
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Tous les mois, Charles Muller nous fait découvrir un artiste réellement en phase avec son époque. Pas mort l'art contemporain ? Version longue du module publié dans le magazine (ici, Chronic'art #39 - octobre 2007).
[Octobre 2007]

Les masses monochromes, pourpre, rose ou verte, se détachent sur un fond clair. On reconnaît les corps massifs de grands singes - chimpanzés ou gorilles. Fanny Mesnard, jeune peintre originaire d'Angoulême et aujourd'hui Marseillaise, s'est pris de passion depuis deux ans pour nos cousins primates, qu'elle photographie dans les zoos ou réserves naturelles, avant de les peindre à l'huile ou l'acrylique, dans des formats parfois impressionnants (220 x 410 cm pour son Grand dormeur mauve, par exemple).
Si le thème est original, son
traitement pictural est plus singulier encore : à 27 ans, Fanny Mesnard
possède déjà un style sûr, à mi-chemin entre abstraction et figuration. Issue
de l'Ecole des Beaux-Ars de Marseille Luminy, où son atelier était dirigé par
Sally Bonn, Piotr Klemensiewicz et Bernard Boyer, Fanny Mesnard excelle dans ce
jeu subtil entre le réel et sa représentation : "Cet entre-deux est
présent depuis le début de ma pratique, je m'en rends compte. Je ne sais
cependant pas comment les choses vont évoluer, et je ne jure surtout de rien,
car je ne suis qu'au début de ma pratique. Ce dont j'ai conscience déjà, c'est
que les peintres que j'apprécie sont des personnes qui ont toujours tourné
autour des mêmes choses dans leurs peintures sans pouvoir les nommer. J'aime
cette phrase de François Jullien qui décrit très bien ce jeu de la
création : "Puisqu'il s'agit de ce dont je ne peux dire, le détachant
et le prônant, il s'agit de, donc de ce à quoi il ne peut être
totalement référé, je tourne autour"". Parmi les contemporains qu'elle
apprécie, elle cite volontiers Yan Pei Ming, Cécilia Brown, Peter Doig ou
encore Ronan Barrot.
Avant les primates, on retrouvait chez la jeune artiste
marseillaise la même distance discrète avec le réel dans une série inspirée du
mythe grec de la Méduse, ou dans une autre faisant émerger des paysages dans la
brume. "Mes choix de thématiques évoluent au fil de ce dont je traite
matériellement en peinture, souligne Fanny Mesnard. Chaque changement de figure
marque de nouveaux intérêts, mes désirs évoluent selon la manière dont je tente
de parler de la peinture. Il s'agit plus de supports que de figures à
proprement dit, réceptacles de mes désirs, de mes gestes et d'une certaine
manière de mon propre corps parlant à travers la matière peinte".
Du 5 au 28 octobre 2007, Fanny Mesnard expose dans le cadre du Parcours de l'Art en trois lieux : gare TGV et Cloître St-Louis en Avignon, Galerie de l'Espace Culturel de Châteaurenard. On peut également voir quelques-unes de ses oeuvres à la Galerie Sintitulo (10 rue Commandeur, Mougins)
[Mars 2008]