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L'ERE DE RIEN
Ere de rien

Tous les mois, Charles Muller nous fait découvrir un artiste, un nouvel espace ou une expo soi-disant en phase avec son époque. Pas mort l'art contemporain ? Version longue du module publié dans le magazine (ici, Chronic'art #43 - mars 2008).

Cellar Door

[Mars 2008]

Le Palais de Tokyo offre pendant trois mois (14 février, 27 avril 2008) la totalité de son espace de 4000 m2 à un artiste français de 29 ans, Loris Gréaud. On se presse donc au vernissage de Cellar Door, dont le dossier de presse nous assure qu'il s'agit d'une « proposition artistique inédite », et même d'un « gigantesque organisme généré par une partition distendue dans l'espace et le temps ».

Outre l'exposition proprement dite, un opéra a été composé par Thomas Roussel sur un livret de Raimundas Malasauskas et Aaron Schuster, et toutes sortes d'interventions sur l'immatériel (thème fétiche de l'artiste) sont prévues au cours du trimestre. On trouve des provocations amusantes (des bonbons sans goût, un néon à gaz propane explosant s'il est allumé, une empreinte de feu d'artifice tiré sous terre), des idées stimulantes (un chef opérateur règle en temps réel les variations de sons et de lumière du parcours), d'autres énigmatiques (des équipes de paint-ball s'affrontent en direct dans une structure ad hoc), le tout disposé sous forme de cellules autonomes. Mais l'ensemble peine à convaincre par son manque de cohérence, ou par le caractère abstrait et un brin verbeux de sa tentative de mise en cohérence par l'artiste. (Ou par les « médiateurs » qui, fait peu commun, accompagnent le visiteur pour lui expliquer ce qu'il voit, un effort de pédagogie finalement assez révélateur).

En un sens, Cellar Door pousse à sa manière jusqu'à la caricature certains traits de l'art contemporain et de ses installations : ambiance de hangar désaffecté (il règne dans Cellar Door une pénombre triste), clins d'oeil et références endogames aux « jeunes grands anciens » de l'après-modernisme (ici Ugo Rondinone, Mario Merz, Pierre Huyghe, Philippe Parreno et d'autres sans doute), disjonction des oeuvres et passage obligatoire à la provocation duchampienne (ici, le film qui s'éteint quand on entre dans la pièce et reste donc invisible, ce qui plonge bien sûr dans un abîme de perplexité), travail présenté comme réflexion sur la réflexion de l'artiste sur l'art (le numéro spécial de Palais, le dossier de presse et les entretiens avec Loris Gréaud pousse le procédé à son excès)...

On sait depuis Joseph Kosuth que l'art est réduit à son concept, c'est-à-dire que le processus de conceptualisation prime finalement sur son exposition matérielle au public et que l'art délimite ainsi de manière spéculative son champ d'existence. Soit. Mais à ce compte, il faut encore que ces spéculations ouvrent un champ réflexif et imaginatif, au lieu de se clore sur une certaine auto-célébration, tantôt trop opaque, tantôt trop transparente.

Charles Muller

Cellar Door
Palais de Tokyo
13 avenue du Président Wildon - Paris 16e
Jusqu'au 27 avril 2008
www.palaisdetokyo.com

News [Mars 2008]

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