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Comme chaque année, Chronic'art est à Angoulême pour faire le point sur le milieu de plus en plus gossip et juteux de la bande-dessinée internationale. Romain Brethes, notre reporter-gonzo, vous dit tout (ou presque - s'il tient le choc).
[25.01.08]

Un truc stupéfiant, du moins si l'on veille à observer une rigoureuse rupture épistémologique dans l'histoire de la bande dessinée, concerne la qualité d'expression des auteurs du médium. Comme si la phraséologie médiatique qui fait que l'on ne peut vraiment réussir sans bien parler, en particulier de soi, affectait désormais le monde du 9e Art. Comme me l'a joliment dit Julien, ex-Chro et responsable du très beau, mais trop exigu Manga Building, paraphrasant une gardienne d'école à l'expérience incontestable : « Les enfants écrivent de plus en plus mal, mais qu'est-ce qu'ils parlent bien ! ». Une sorte de doxa frappée du bon sens, qui se vérifie donc chez le moindre auteur débutant, conscient que les sollicitations médiatiques constitueront un passage obligé vers la gloire. Cela, Benoît Peeters, qui fut l'un des rares auteurs de sa génération avec François Schuiten à s'exprimer lumineusement (il prépare d'ailleurs actuellement pour Flammarion une biographie de… Jacques Derrida) le reconnaît absolument : « Pour les vieux auteurs de la franco-belge, la BD, c'était du pas sérieux ». Par contre, à voir Benoît tirer une drôle de tête devant les attributs musclés (gros rouge et charcutaille) de la soirée Superdupont organisée par Fluide Glacial, on ne jurerait pas qu'il ne souhaitait pas être bien loin. La discussion dérive ensuite sur les mérites d'Aurélia Aurita et de son Fraise et chocolat, que Benoît, son éditeur, estime injustement décrié par Chronic'art : je défends ardemment les positions de nos chroniqueurs, sévères mais justes, et je devine au sourire de Benoît qu'il a d'abord et surtout réussi un joli coup marketing. Pour en revenir aux festivités en question, c'est presque trop beau, voire désespérant : pas de neige pour faire chuter les festivaliers, pas de crise de nerfs au Festival, plus de déplacements interminables dans la ville (tout a été rapatrié dans le centre), pas d'éditeurs furieux (juste quelques auteurs, mais pour des raisons différentes, auxquelles je ne suis pas étranger, pour un article rédigé sur un autre support)… Bon, on ne va pas s'en plaindre non plus. Les rencontres sont dans l'ensemble de belle qualité. J'ai animé notamment une table ronde avec deux auteurs que j'admire profondément, le génial Blutch et le très élégant Lorenzo Mattotti, ainsi qu'avec Julien Néel, l'auteur de Lou, une série jeunesse que j'ai découverte et que j'ai trouvée stupéfiante de délicatesse et de sophistication. Avec en prime le charme et la vivacité d'Anne, la productrice chargée d'adapter la série pour la télévision. Les expositions sont ma foi très réussies, en premier lieu celle consacrée à la bande dessinée argentine au CNBDI (bel hommage aux Breccia, Oesterheld et compagnie). Mais celle qui reste la plus intéressante a trait au collectif Clamp, ce groupe de quatre japonaises à la tête de faramineux succès éditoriaux sur l'archipel (X, Card captor sakura, Tokyo babylon, Chobits…). La reconstitution de leur atelier, et certaines planches de toute beauté laissent pantois, et je félicite chaleureusement Nathalie de Chro (cf. photo), co-commissaire de l'exposition, quand bien même elle continue à moquer ma désespérante résistance à la prononciation des prénoms japonais. Au passage, café avec Jul, qui a reçu le Prix Goscinny pour son joli Guide du moutard, qui a bien fait rire Vincent, le DA de Chro, mais pas Cyril, notre directeur de la rédaction. Son prochain album sur les amours de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni est un vrai buzz, comme il le reconnaît lui-même, tout comme il reconnaît apprécier les lumières des médias et fuir la polémique (« J'aime que l'on m'aime »). Une belle et louable honnêteté, qu'on adhère ou non. On ne pourra pas en revanche lui reprocher une quelconque forme de limitation dans ses attaques contre le pouvoir en place. Une dernière rencontre qui fait chaud au cœur : celle avec Jean-Pierre Dionnet, l'homme du cinéma de quartier, de Métal Hurlant et des Enfants du Rock. Sylvie me présente comme écrivant à Chro, et le petit homme au regard vif de s'exclamer : « J'étais abonné à trop de trucs inutiles : j'ai arrêté les Inrocks, Technikart, mais pas question que j'arrête Chronic'art ». Un ange passe… A demain pour commenter les prix et tutti quanti.