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© Les Éditions Réticulaires, 1997-2007
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Comme chaque année, Chronic'art est à Angoulême pour faire le point sur le milieu de plus en plus gossip et juteux de la bande-dessinée internationale. Romain Brethes, notre reporter-gonzo, vous dit tout (ou presque - s'il tient le choc).
[24.01.08]

C'est mon 19e Angoulême, et je me demande bien si je continuerai au-delà du 20e anniversaire. Le Festival a bien changé depuis les années 1990. Désormais, les partenaires sont de vrais partenaires, les organisateurs des professionnels plus que confirmés, Stéphane Bern et la grosse artillerie rigolarde du service public débarque en force, et je sens comme une relative sérénité qui contraste avec le bricolage de ces cinq dernières années. Faut-il s'en réjouir ? La programmation est chaque année plus riche et plus éclectique, jonglant périlleusement entre le (très) grand public (coucou les Schtroumpfs !) et le pointu éclairé (exposition Munoz, Sergio Toppi). Et moi là-dedans ? Débarquement de dernière minute, où je retrouve Stéphane de Chro, stakhanoviste du Festival assurant la quasi-totalité des Rencontres de l'Espace « Nouveau monde », où sont réunis les éditeurs alternatifs ou indépendants (même si l'on y trouve des intrus type Denoël, Gallimard ou Le Seuil). Direction la projection de Peur(s) du Noir, un film ultra ambitieux et bien alléchant où l'on retrouve au générique Blutch, Charles Burns, ou encore Lorenzo Mattotti, le tout sous la direction d'Etienne Robial. Stéphane l'a déjà vu à Paris et ne m'en a pas dit que du bien. Joseph des Inrocks l'a vu également et en pense beaucoup de bien. Bon, je croise plein de gens sympas (Jean-Louis de Cornélius, Blutch, Jean-Luc Fromental, l'ex-rédac chef de Métal Hurlant et actuel directeur de Denoël Graphic) et m'assois confortablement à côté de Sylvie Chabroux et Frédéric Poincelet, qui regrette un peu, malgré son magnifique Mon bel amour, d'être encore « le secret le mieux gardé de la bande dessinée française ». Bon, générique enlevé, où l'en sent la patte Robial (le Monsieur Canal + donc) matinée de Saul Bass. Pour le reste… L'ensemble donne une image très chaotique et désordonnée, malgré la somme des talents accumulés. Le principe du film à sketchs, peu rentable, a été repoussé par les investisseurs et les concepteurs ont été contraints de découper acrobatiquement certaines histoires, dont celle de Blutch. Bien sûr, tout cela est très inégal (déception pour le Burns, qu'on trouve bien mal animé, avis mitigé pour le Marie Caillou, le Mattotti et le Blutch, réussite incontestable du McGuire, qui a véritablement réfléchi sur le thème imposé du noir, du blanc et de la peur) et l'on sort de tout cela un peu déconcerté. A la sortie, les discussions vont bon train, et sont dans l'ensemble plutôt sévères. Le débat se poursuit chez Paul, seul resto encore ouvert à cette heure avec Fromental, Sylvie et Frédéric, avec Stéphane, Joseph et Charles Berbérian qui nous ont rejoints. Ca parle fort, ça ne picole pas trop sec, on pense à l'ami Vincent Bernière - probablement à l'heure actuelle la personnalité la plus controversée du milieu -, exilé pour trois mois à Goa pour écrire le deuxième tome de son roman. Jean-Luc propose que l'on produise un pin's « I fuck with Vincent Bernière » et que l'on forme une caste de super supporters de Vincent. Ca me rappelle une planche de Reiser qui montre un couple après l'amour. Monsieur commente ses performances à Madame, qui le regarde d'un air attendri et lui dit : « Tu sais faire l'amour, pour moi, c'est comme le cinéclub. Généralement, j'aime bien le film, mais je m'endors durant le débat ». Pour une fois, Reiser a eu tort. A demain.